Fillon et sa famille invités du régime Moubarak à Noël, "navrant" pour la presse

Par La rédaction

PARIS (AFP)

Après la polémique sur les vacances tunisiennes de Michèle Alliot-Marie, François Fillon a été contraint mardi de reconnaître avoir été hébergé aux frais d'Hosni Moubarak à Noël, mettant en difficulté l'exécutif à deux jours d'une intervention télévisée de Nicolas Sarkozy. 

La presse condamne mercredi le recours systématique à des passe-droits au plus haut niveau de l'Etat : "Le syndrome du jet privé a encore frappé", résume Laurent Joffrin dans Libération,  "spectacle navrant donné au monde et au pays"  pour Maurice Ulrich dans l'Humanité. Dans Sud-Ouest, Bruno Dive adopte plutôt le ton ironique: "pour savoir où va éclater la révolution, il suffira désormais de regarder où les membres du gouvernement vont passer leurs vacances",

Alors qu'une tempête politique secoue depuis une semaine la ministre des Affaires étrangères, le Canard Enchaîné dans son édition à paraître mercredi rappelle que le Premier ministre s'était rendu à la fin de l'année 2010 en vacances en Egypte, à Assouan, avec sa femme et ses enfants.

C'est à cette occasion qu'il a utilisé un avion appartenant au président Hosni Moubarak pour effectuer une excursion à Abou-Simbel, qui abrite deux temples de l'Egype antique, affirme le journal.Quelques semaines plus tard, le raïs faisait ll'objet d'un vaste soulèvement populaire.

 Dans un communiqué publié "dans un souci de transparence" avant même la sortie en kiosques de l'hebdomadaire satirique, Matignon a apporté plusieurs "précisions" sur ce voyage, effectué "du 26 décembre 2010 au 2 janvier 2011".

Première d'entre elles: "le Premier ministre a été hébergé lors de ce séjour par les autorités égyptiennes", écrit Matignon, une information que n'apportait pas l'hebdomadaire.Les services du Premier ministre reconnaissent également que ce dernier "a emprunté un avion de la flotte gouvernementale égyptienne pour se rendre d'Assouan à Abou Simbel".

"Il a également effectué une sortie en bateau sur le Nil dans les mêmes conditions", poursuit le texte.

 S'agissant du voyage entre Paris et Assouan, c'est "un Falcon 7X" du gouvernement français qui a été utilisé, comme le veut l'usage habituel pour le Premier ministre.Ses billets et ceux des membres de sa famille lui ont été facturés "au tarif établi par l'armée de l'Air".

Réagissant depuis Dakar à l'information, la première secrétaire du PS Martine Aubry a fait part de sa "consternation"."On voit jour après jour combien le gouvernement a perdu le sens de l'esprit public", a-t-elle lancé.

 "Après +Air Ben Ali+, voici +Air Moubarak+", a lancé le porte-parole du PCF Olivier Dartigolles, tandis que le NPA a demandé le départ pur et simple du Premier ministre.

Ces révélations surviennent alors que l'opposition réclame depuis une semaine la démission de Michèle Alliot-Marie pour l'utilisation par deux fois de l'avion privé d'un ami, homme d'affaires tunisien réputé proche du clan Ben Ali, également durant la période de Noël.

La ministre avait déjà été sévèrement attaquée pour avoir proposé le 11 janvier, trois jours avant la fuite du président tunisien, la coopération sécuritaire de la France à l'ancien régime tunisien.

Mais l'éventualité d'un départ de la chef de la diplomatie s'est fortement éloignée mardi avec la réaffirmation de la confiance de Nicolas Sarkozy et de son Premier ministre.

Lundi, Nicolas Sarkozy avait refusé de commenter depuis Varsovie la situation de sa ministre des Affaires étrangères, ajoutant qu'il aurait l'occasion d'en dire un mot "cette semaine".

Le chef de l'Etat doit participer jeudi soir à l'émission "Paroles de Français" sur TF1, un rendez-vous important pour tenter de redresser la barre face aux sondages en berne, sur fond de fronde des magistrats et de frictions gouvernement/UMP.

Mais avant cela, il pourrait aussi profiter du Conseil des ministres de mercredi pour s'exprimer sur ces affaires de voyage, embarrassantes pour le gouvernement, trois mois après le remaniement.