Interview exclusive de Dominique GERBAUD, président de RSF

Par La rédaction

Interview de Dominique GERBAUD, président de Reporters sans FrontièresLes reporters étrangers sont pris pour cible depuis 3 jours en Egypte. On parle de tabassage, d'enlèvements�?� comment la situation a-t-elle pu dégénérer si rapidement ?Il y a une perte de contrôle de l'armée sur ceux qui ont pris pour cible les journalistes de manière délibérée. Pensant que ce qu'il leur arrivait venait des journalistes. Ils pensaient pouvoir faire leurs petites affaires entre eux et quand ils se sont rendus compte que la presse révélait ce qui se passait vraiment en Egypte, un certain nombre de personnes ne l'ont pas accepté. C'est souvent ce qui arrive, on s'en prend aux journalistes quand on n'a plus d'autres arguments. C'est la presse internationale, française mais pas seulement, qui a été pris pour cible.Quel est le rôle de l'armée dans cette soudaine répression ?Il faudra qu'une enquête le dise. Ce que nous demandons nous, à Reporters Sans Frontières, c'est que la lumière soit faite sur le rôle de l'armée. Jusqu'à présent la situation était contrôlée et il a fallu des débordements de gens extrémistes poches du pouvoir égyptien pour que tout à coup les journalistes deviennent des cibles.Dans quelles conditions les journalistes peuvent-ils faire leur travail en ce moment ?Les choses évoluent presque d'heure en heure. A l'heure où je vous parle on me dit que presque tous les journalistes ont été libérés mais certains ont été interrogés dans des conditions innommables et absolument scandaleuses. Les yeux bandés pendant plusieurs heures. A l'heure qu'il est les journalistes sont libres, aucun n'est pris en otage ou retenu. Mais cela peut évoluer.Les rédactions devraient-elles rapatrier leurs équipes ?Non surtout pas ! C'est ce que voudraient tous ces gens énervés. Ils voudraient qu'il n'y ait pas de spectateurs. Il faut au contraire être sur place pour pouvoir témoigner de la situation, pour pouvoir dire ce qui se passe sur place. C'est le rôle du journaliste qui prend toujours un minimum de risque mais c'est la grandeur de notre mission d'aller voir au delà des chars, au-delà des ambassades, au delà des discours officiels. Aller voir sur le terrain, sur place, pour raconter à l'opinion publique.Qu'en est-il des journalistes égyptiens ?Ils sont dans des conditions de travail encore plus difficiles que leurs confrères internationaux. Leur travail dépend de ce qu'ils écrivent. Ils ont d'autant plus de courage de révéler ce qui se passe et à dire, simplement dire ! Avant de faire des enquêtes profondes, il faut raconter ce qui se passe au jour le jour et heure par heure.A-t-on déjà vu un tel déchainement contre les médias dans des circonstances similaires ?Non ! Jamais, il n'y a eu à ce point, un tel déferlement ciblé contre les médias. Très souvent dans les révolutions précédentes, notamment du temps du bloc de l'est on parlait de la presse bourgeoise qui ne comprenait pas. C'est encore le cas en Chine, c'est encore le cas à Cuba où les journalistes sont interdits et surveillés. Mais de manière aussi ponctuelle, sur un événement aussi précis, jamais les journalistes n'avaient été à ce point bastonnés, poursuivis, enfermés et interrogés de cette manière. Jamais ! Par Florence Mallégol et Matthieu Jean