Kenya: 49 morts dans une attaque d'islamistes somaliens sur la côte

16 juin 2014 à 11h43 par La rédaction


Mombasa (Kenya) (AFP)

Au moins 49 personnes ont été tuées dimanche soir dans une nouvelle attaque attribuée aux islamistes somaliens shebab, qui ont plongé dans l'horreur une localité proche de l'archipel touristique de Lamu, sur la côte kényane.

Cette opération, non revendiquée et survenue en pleine retransmission de la Coupe du monde de football, est la plus meurtrière et la plus spectaculaire depuis l'assaut par un commando shebab du centre commercial Westgate de Nairobi en septembre 2013, qui avait fait au moins 67 morts.

Le chef de la police kényane, David Kimaiyo, a attribué lundi cette "attaque haineuse" à des shebab venus de la Somalie voisine, dont la frontière est située à une centaine de kilomètres au nord.Contacté par l'AFP, un haut responsable des islamistes somaliens a cependant refusé de s'exprimer pour l'instant.

Lundi matin, les habitants étaient toujours en état de choc.Certains criaient de douleur au milieu des décombres, amas de tôles effondrées et murs noircis par les flammes.A l'intérieur de modestes maisons ou dans la rue en plein soleil, des cadavres gisaient dans des flaques de sang.Les équipes de la Croix-Rouge venaient en aide aux blessés, dont au moins trois ont été évacués.

Une cinquantaine d'hommes ont perpétré cette attaque, lancée en pleine retransmission du Mondial de football au Brésil, dans la localité de Mpeketoni, légèrement en retrait de la côte et à une trentaine de km de la ville touristique et historique de Lamu, classée au patrimoine mondial de l'Unesco.

Selon des sources locales, la zone de Mpeketoni est majoritairement habitée par des chrétiens, alors que la côte -où se concentrent les touristes occidentaux- est essentiellement musulmane.

"Le bilan est monté à 49 morts", a déclaré à l'AFP une porte-parole de la police, Zipporah Mboroki.Le précédent bilan s'est alourdi avec la mort d'un policier, qui n'était "pas en service" mais était sorti "faire des courses", a-t-elle précisé.

"La recherche d'autres corps est toujours en cours", a averti un policier sur place.

"Il y avait une cinquantaine d'assaillants lourdement armés, dans trois véhicules.Ils portaient le drapeau des shebab et parlaient en somali.Ils criaient +Allah Akbar+ (Dieu est le plus grand)", a déclaré le préfet adjoint du département, Benson Maisori.

Les hommes armés ont d'abord attaqué le poste de police local mais ont été repoussés, selon la porte-parole de la police.Ils ont ensuite ouvert le feu dans la rue, avant d'attaquer notamment des hôtels et des restaurants où les clients attablés regardaient à la télévision le Mondial brésilien, et d'incendier plusieurs bâtiments.

Les tirs ont continué jusque tard dans la nuit.L'armée a déployé des moyens aériens pour traquer les assaillants, selon le Centre national de gestion des catastrophes (NDOC).

 

"Des veuves et des orphelins"

 

La plupart des hommes armés semblent avoir réussi à fuir et ont ensuite continué à semer la terreur alentour, notamment dans le village de Kibaoni, à environ six km de Mpeketoni.

"Il y a six corps ici, un homme et un enfant dans leur maison et quatre corps sur la route", a rapporté un résident, Mohammed Hassan.

Les hommes armés ont tué les deux frères de John Waweru, 28 ans."J'ai entendu les assaillants crier en langue somali alors qu'ils tiraient dans tous les sens", a-t-il dit à l'AFP."Je suis parvenu à fuir et à m'enfermer chez moi".

Une autre habitante, Anne Gathigi, a raconté que les assaillants, après avoir fait irruption chez elle et abattu son mari, lui ont affirmé qu'ils faisaient partie des shebab."Ils m'ont demandé si je savais qui étaient les shebab.Ils m'ont dit que notre gouvernement ayant refusé de retirer nos troupes de Somalie, ils devaient venir (au Kenya) pour ne laisser que +des veuves et des orphelins+".

Le Kenya a été visé par une série d'attaques depuis que son armée est entrée en Somalie en octobre 2011 pour y combattre les shebab.

La tension n'a cessé de monter depuis mars avec une intensification des attentats, notamment sur la côte de l'océan Indien, avec des  menaces précises sur les infrastructures touristiques selon des chancelleries occidentales.L'attaque de Mpeketoni porte à au moins 77 le nombre de personnes tuées depuis le début de l'année au Kenya dans des opérations attribuées au shebab ou à leurs sympathisants.

Un haut responsable shebab avait appelé le mois dernier ses combattants à frapper de nouveau le Kenya.

Les pays de la région engagés en Somalie s'étaient mis en alerte pour la Coupe du monde de football, par crainte d'attentats.