La Tunisie endeuillée commémore son indépendance après l'attentat du musée

20 mars 2015 à 11h47 par La rédaction

Tunis (AFP)

La Tunisie commémore vendredi son indépendance dans le deuil deux jours après l'attentat, revendiqué par le groupe Etat islamique, contre des touristes au musée du Bardo à Tunis, dont les auteurs se sont entraînés en Libye selon les autorités.

Le président Béji Caïd Essebsi doit de nouveau s'adresser à la nation à l'occasion du 59e anniversaire de l'indépendance après avoir promis une lutte "sans pitié contre le terrorisme".

Selon des journalistes de l'AFP, une centaine de personnes ont manifesté "contre le terrorisme" dans la matinée dans le centre-ville de Tunis et quelques centaines sur l'île de Djerba (sud), haut lieu du tourisme balnéaire, alors que l'attaque contre le plus prestigieux musée du pays a porté un coup au tourisme.

Le ministre français de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, qui doit être reçu par le président Essebsi, a affirmé à son arrivée à Tunis qu'"il faut que tous ceux qui cherchent à atteindre (...) nos valeurs de liberté, de tolérance et de vivre-ensemble sachent que nous serons ensemble dans le combat contre toutes les formes de barbarie, de terrorisme".

 Revendiquée par l'EI, l'attaque sans précédent depuis la révolution de janvier 2011 a coûté la vie à 20 touristes étrangers et un policier tunisien.Un troisième Français a été identifié et l'identité de trois des 20 victimes doit encore être déterminée, selon le ministère tunisien de la Santé.

 

- 'Cellules dormantes' -

Les deux assaillants, qui ont tiré à la Kalachnikov sur les touristes alors qu'ils descendaient de leurs autocars, se sont formés au maniement des armes en Libye, selon le secrétaire d'Etat tunisien aux affaires sécuritaires Rafik Chelly.

Il s'agit de "deux éléments extrémistes salafistes takfiris.Ils ont quitté clandestinement le pays en décembre dernier pour la Libye et ont pu s'y former aux armes", a-t-il dit à la chaîne privée AlHiwar Ettounsi.

Le terme "takfiri" signifie littéralement "celui qui lance des anathèmes" contre les personnes ne partageant pas ses croyances, mais est en général utilisé pour désigner les groupes jihadistes ou islamistes radicaux sunnites.

Les deux assaillants, tués par les forces de sécurité, étaient "des éléments suspects" faisant partie "de ce qu'on appelle les cellules dormantes (...) et dont nous savons qu'ils peuvent mener des opérations mais il faut rassembler les indices pour pouvoir mener une arrestation", selon M. Chelly.

L'un d'eux, Yassine Abidi, avait été arrêté avant son départ en Libye, a-t-il ajouté.

L'AFP a appris vendredi auprès de la police et de la famille de l'autre assaillant, Jabeur Khachnaoui, que le père, les deux frères et la s�?ur de ce dernier avaient été arrêtés, sans que l'on sache s'ils font partie des neuf arrestations annoncées la veille par les autorités.

En revendiquant l'attentat jeudi dans un message sonore mis en ligne, l'EI a menacé la Tunisie de nouvelles attaques. 

 

- "Failles" -

 

Répondant à des interrogations sur un éventuel retour à l'autoritarisme que pourrait entraîner la lutte antiterroriste, le président Essebsi a assuré jeudi que "le processus de mise en place du système démocratique est déjà bien en place, bien ancré...il n'y aura jamais de mouvement retour".

Il a aussi salué "la promptitude avec laquelle les forces de l'ordre se sont dépêchées sur les lieux".

"Nous avons quand même réussi, grâce aux forces spéciales, à l'intervention rapide des brigades, à éviter une véritable catastrophe, parce que se trouvaient dans le musée au moment de l'attaque environ 300 personnes", a renchéri le ministre de l'Intérieur Najem Gharsalli.

Mais dans le même temps, le chef du gouvernement Habib Essid a reconnu des "failles", alors que quelques mètres séparent le musée du siège du Parlement où se tenait, au moment de l'attaque, une réunion sur la réforme de la loi antiterroriste.

Et le vice-président de l'Assemblée, Abdelfattah Mourou, a affirmé à l'AFP que mercredi, jour de l'attaque, "il n'y avait pas de police autour du Parlement et autour du musée".

"J'ai appris qu'il y avait quatre policiers seulement qui devaient assurer la sécurité autour du Parlement, dont deux étaient au café.Le troisième mangeait un casse-croûte et le quatrième ne s'est pas présenté", a-t-il déploré.

Il s'agit de la première opération à être revendiquée par l'EI en Tunisie, mais ce groupe compte des centaines de combattants tunisiens dans ses rangs.