Les shebab gagnent de l'envergure au sein du jihad en Afrique

12 juillet 2010 à 12h00 par La rédaction

MOGADISCIO (AFP)

Les insurgés somaliens shebab, principaux suspects du double attentat de Kampala, ont gagné en envergure ces dernières années pour devenir les représentants attitrés d'Al-Qaïda en Afrique de l'Est.

Le mouvement islamiste radical, à la tête d'une insurrection contre le fragile gouvernement de transition somalien, n'a pas revendiqué la paternité de ces attaques de Kampala qui ont fait au moins 74 morts.

Mais des sites internet proches du mouvement se sont félicité de ces attentats perpétrés dans un pays pourvoyeur de la moitié des troupes de la force de l'Union africaine en Somalie (Amisom) tandis que des dirigeants shebab avaient menacé de telles attaques au début du mois.

Les shebab, dont la création remonterait à 2006, étaient à l'origine le mouvement de la jeunesse des Tribunaux islamiques, qui ont contrôlé brièvement la Somalie au deuxième semestre 2006 avant d'être mis en déroute par l'armée éthiopienne.

Tandis que la majeure partie des dirigeants des Tribunaux partaient en exil, les combattants restés en Somalie pour combattre les troupes éthiopiennes s'unissaient sous la bannière shebab, qui devint de fait le bras armé du mouvement islamiste somalien.

Les shebab veulent mettre en application une forme très stricte de la Charia (loi islamique) et ont appelé au départ de toutes les troupes étrangères, à commencer par celles, burundaises et ougandaises, composant l'Amisom.

Jusque récemment, le groupe poursuivait des objectifs strictement internes à la Somalie et des discussions avec les dirigeants du mouvement permettaient aux agences humanitaires d'acheminer et de distribuer leur aide.

Si leur implication dans les explosions de Kampala se confirmait, ces attentats marqueraient leur première action d'envergure à l'extérieur de la Somalie, dernière étape d'un processus visant apparemment à acquérir la franchise Al-Qaïda pour l'Afrique de l'Est.

Les explosions de Kampala sont les plus meurtrières dans la sous-région depuis les attentats d'août 1998 contre les ambassades américaines de Nairobi et Dar es-Salaam qui avaient fait plus de 200 morts et avaient été revendiquées par Al-Qaïda.

Plusieurs suspects recherchés pour ces attentats ont été repérés ces dernières années en Somalie, parmi eux le Comorien Fazul Abdullah Muhammad, qui occuperait un poste important dans la hiérarchie shebab.

En octobre 2008, les shebab franchissaient un cap en organisant des attaques suicide simultanées dans les deux régions autonomes du nord du pays, le Puntland et le Somaliland.

Courant 2009, un afflux sans précédent de combattants étrangers renforçait les craintes des Etats-Unis et de leurs alliés de voir la Somalie devenir un nouveau sanctuaire d'Al-Qaïda.

Le mouvement n'est cependant pas complètement homogène: une attaque suicide lors d'une cérémonie de remise de diplômes à Mogadiscio fin 2009 provoquait un débat interne au sommet de l'organisation entre "étrangers" et Somaliens.

La ligne dure du mouvement a semble-t-il pris le dessus et se réclame régulièrement de l'idéologie du jihad mondial prôné par Al-Qaïda.

Le chef des shebab, Mohamed Abdi Godane, alias Abou Zubaïr, est un religieux natif du Somaliland qui compense ses très rares apparitions publiques par la diffusion de messages enregistrés via des médias locaux ou internet.

Les shebab, qui contrôlent environ 80% de la Somalie, seraient en mesure de mobiliser 7.000 hommes, dont 3.000 réellement aguerris.

Le mouvement comprend une branche armée, "Jeish al-Usrah" ("L'armée de la souffrance"), et une police religieuse, principal organe de propagande connu sous le nom de Jeish al-Hisbah ("L'armée de la moralité").