Maroc: nouveau report du procès d'un journaliste, appels à sa libération

Par AFP

AFRICA RADIO

Le procès du rédacteur en chef du quotidien indépendant marocain Akhbar al-Yaoum, poursuivi pour "agression sexuelle", a encore été renvoyé mardi alors que ses avocats et soutiens réclament sa libération après dix mois de détention préventive.

Le procès devant la Cour d'appel de Casablanca a été renvoyé pour la troisième fois, a indiqué à l'AFP Me Mohamed Sadqo, précisant que la prochaine audience est prévue le 15 avril. Soulaimane Raissouni, 48 ans, est jugé pour "attentat à la pudeur avec violence" et "séquestration", après une plainte déposée par un militant pour les droits des personnes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres). Le journaliste a toujours nié les faits reprochés, ses soutiens affirment qu'il s'agit d'un "procès politique".Pendant l'audience de ce mardi, la défense a de nouveau demandé que le prévenu "soit libéré, car il n'a pas été arrêté en flagrant délit et dispose de toutes les garanties pour assister libre à son procès", a précisé Me Sadqo. Jusqu'à présent, toutes les demandes de remise en liberté ont été rejetées.L'avocat du plaignant, Me Omar Alouane, a fait savoir qu'il n'était pas opposé à cette remise en liberté et souhaitait un "procès équitable", son principal objectif étant de "prouver le préjudice de son client". Le maintien en détention du journaliste "établit clairement la dimension politique de l'affaire", estime son comité de soutien dans un communiqué. En écho de plusieurs organisations de défense des droits humains, il s'inquiète de "l'instrumentalisation de la justice" contre "des voix critiques du pouvoir".Face aux critiques, les autorités insistent sur le respect des procédures judiciaires et sur l'indépendance de la justice.Fondé en 2009, le quotidien arabophone a cessé de paraitre mi-mars, sa direction évoquant un "calvaire financier", un "harcèlement continu à travers un boycott publicitaire" et le non accès aux aides à la presse débloquées par le gouvernement pendant la crise sanitaire.La nièce de M. Raissouni, Hajar Raissouni, journaliste au même quotidien, a écopé en 2019 d'un an de prison pour "avortement illégal" et "relation sexuelle hors mariage", avant d'être graciée.Le directeur de journal, Taoufiq Bouachrine, a été condamné à 12 ans de prison en 2018, une peine alourdie à 15 ans en appel, pour des "violences sexuelles" qu'il a toujours niées.