Moubarak s'accroche, estimant avoir l'armée avec lui, pour le moment

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Le président égyptien Hosni Moubarak a présidé samedi une réunion ministérielle, signe qu'il s'accroche au pouvoir et que l'armée n'est pas prête à le lâcher même si sa position pourrait changer en fonction de rapports de force qui évoluent rapidement, selon les analystes.

Des manifestations se succèdent à travers le pays depuis le 25 janvier pour obtenir son départ immédiat, et les appels de l'étranger, assortis de menaces de suspension de l'aide, sont de plus en plus pressants pour réclamer une transition rapide.

Mais en faisant savoir qu'il avait tenu une réunion avec son nouveau Premier ministre Ahmad Chafic et plusieurs membres de son gouvernement, M. Moubarak semble chercher à montrer que rien ne le fera fléchir dans sa décision de ne pas partir avant la fin de son mandat, en septembre.

Deux personnalités indépendantes, l'ancien ambassadeur à l'ONU Nabil el-Arabi et l'ancien ministre de l'Information Ahmad Kamal Aboul Magd, ont rencontré jeudi le Premier ministre Ahmad Chafic et vendredi le vice-président Omar Souleimane, pour tenter de trouver un compromis.

Ils leur ont remis une proposition élaborée par un "comité de sages" pour mettre fin à la situation politique sans précédent dans le pays et proposé que M. Moubarak "délègue ses pouvoirs au vice-président afin qu'il puisse terminer son mandat, ce qui lui permettrait une sortie honorable".

Selon Amr Choubaki, membre de comité des sages et expert du centre al-Ahram pour les études politiques, le vice-président "a promis une réponse rapide mais celle-ci n'est pas encore arrivée".

Pour cet expert de la scène politique égyptienne, "le régime continue à miser sur le temps, et sur le fait que la population pourrait en avoir assez au bout d'un certain temps, et qu'il pourrait ainsi reprendre le contrôle de la situation".

Le Premier ministre a d'ailleurs affirmé vendredi que son gouvernement veut "rouvrir à la circulation la place Tahrir", foyer de la contestation, "en vue d'un retour à la vie normale" tout en affirmant que les manifestants "pourraient y rester s'ils veulent".

Les chars de l'armée voulaient quitter samedi matin cette place mais les manifestants anti-Moubarak les ont empêchés, redoutant de nouvelles attaques meurtrières des pro-Moubarak.

"Le comportement de Moubarak n'a qu'une seule explication: il est toujours rassuré que l'armée soit avec lui", estime le commentateur politique Ibrahim Eissa.

Amr Choubaki est d'accord."L'entêtement de Moubarak est jusqu'à présent dû à la loyauté de l'armée".Toutefois, dit-il "on ne peut jamais prédire ce qui pourrait se passer durant les prochains jours et semaines".

Les responsables américains ont appelé à plusieurs reprises l'armée égyptienne à la retenue face aux manifestants et à faciliter une transition politique.

Pour M. Choubaki, "il y a quatre principaux acteurs en ce moment dans le pays: la population qui manifeste dans les rues, les restes du régime de Moubarak, l'armée et les mafias du Parti national démocrate", le parti au pouvoir.

La démission du bureau exécutif du PND semble confirmer le déclin de ce parti autrefois tout-puissant, conçu comme une machine politique au service des ambitions du fils du président, Gamal Moubarak, mal vu par les militaires.

"Les rapports de force évoluent d'une minute à l'autre.Les deux acteurs les plus faibles actuellement sont Moubarak et les milices de son parti, et si la contestation populaire se poursuit au même rythme, cela sera une source de pression sur l'armée", assure M. Choubaki.

"Le cas échéant l'armée pourrait intervenir en tant que garant du système républicain pour assurer une transition vers une deuxième république en Egypte", estime-t-il.

Selon le politologue Emad Gad, "si l'armée n'intervient pas, nous assisterons à un chaos total car Moubarak et les milices de son parti adoptent la politique de la terre brûlée".