Putsch manqué en Gambie: Jammeh de retour au pays, Banjul retient son souffle

31 décembre 2014 à 13h44 par La rédaction


Banjul (Gambie) (AFP)

Le président gambien Yahya Jammeh est rentré à Banjul, quelques heures après une tentative de coup d'Etat manquée contre son régime, qui fait craindre une nouvelle vague de répression dans le pays.

M. Jammeh, au pouvoir depuis 20 ans, est arrivé dans la nuit de mardi à mercredi dans la capitale gambienne après une escale à N'Djamena, en provenance de Dubaï où il était en visite privée depuis le week-end dernier.

Depuis l'aéroport, "il est allé directement au palais où on lui a présenté les corps des assaillants" tués mardi durant leur tentative de putsch, a expliqué à l'AFP une source militaire.

Le chef de l'Etat, "visage fermé", n'a pas fait de déclaration, "certains hommes avaient l'air nerveux.Consigne a été donnée à tout le monde d'être vigilant", a précisé cette source.

Le gouvernement n'a rien dit de l'attaque, qui a fait au moins trois morts selon un bilan non officiel.Il a simplement assuré que "la paix et le calme règnent dans le pays", dans un communiqué diffusé en boucle depuis mardi après-midi par les médias publics.

Les assaillants ont ciblé le palais présidentiel, situé dans la zone de Marina Parade, sur la corniche est de Banjul, mardi aux environs de 03H00 locales (et GMT).Ils ont été repoussés par les forces loyalistes, selon des sources militaire et diplomatique.

Ils étaient "commandés par un ex-capitaine du nom de Lamin Sanneh, qui est un déserteur de l'armée" tué durant l'attaque, selon un officier.

A Banjul, où sont déployés depuis mardi matin nombreux soldats et policiers, la nuit a été calme, a rapporté un correspondant de l'AFP.

Des patrouilles militaires à pied étaient visibles en plusieurs endroits dans la ville.Les services de l'administration, banques et commerces qui avaient fermé mardi, ont repris leurs activités.Les médias publics, également brièvement coupés, diffusaient de la musique à la place de leurs émissions habituelles, a-t-on constaté.

La compagnie aérienne Gambia Bird, filiale d'un transporteur allemand basée à Banjul et qui dessert dix pays en Afrique et en Europe, a annoncé mardi la suspension de ses vols commerciaux "jusqu'à nouvel ordre".

 

- "Vos reins au dîner!" -

 

Aucune indication n'a pu être obtenue concernant la situation dans les provinces.Une autorité administrative d'une localité sénégalaise proche du nord de la Gambie - petit pays totalement enclavé dans le Sénégal à l'exception de sa façade maritime sur l'Atlantique - a fait état à l'AFP de "contrôles renforcés" à la frontière.

En dépit de l'accalmie, selon plusieurs sources, l'atmosphère était tendue à Banjul comme dans le reste du pays.Le régime de Yahya Jammeh, arrivé au pouvoir par un coup d'Etat militaire en juillet 1994, a par le passé mené plusieurs vagues de répression contre de supposés comploteurs ou adversaires présumés.

La source militaire jointe par l'AFP a dit craindre une "purge" au sein des forces de défense et de sécurité de cette ex-colonie britannique de près de deux millions d'habitants.

Peu après son retour à Bnajul, M. Jammeh a fait le tour du palais présidentiel pour constater les dégâts causés par l'attaque."Certains soldats ont montré les failles dans le dispositif militaire (...).C'est sûr que certains officiers risquent d'être pointés du doigt", a dit la source.

Signe du climat de peur généralisée: aucun civil sollicité par l'AFP n'a souhaité s'exprimer, par crainte de représailles de la puissante et redoutée Agence nationale du renseignement (NIA), opérant souvent en civil.

Mais sur les réseaux sociaux, la liberté de ton était de mise pour les Gambiens de la diaspora et les habituels observateurs du pays.

"Si vous organisez un coup d'Etat, assurez-vous de le réussir.L'échec est impardonnable.Jammeh mangera vos reins au dîner!", ironisait sur Twitter @FrMkaranja.

Pour le chercheur Gilles Yabi, basé à Dakar, la Gambie est face à "un risque très important de répression allant au-delà des personnalités militaires qui seraient impliquées dans cette tentative" de coup d'Etat manquée.

"On peut craindre que le régime", régulièrement accusé de violation des libertés par les défenseurs des droits de l'Homme "en profite pour verrouiller davantage le système et peut-être pour s'en prendre à des personnes qui n'ont rien à voir avec le putsch manqué", selon M. Yabi.