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RDC: plus de 6.000 morts dans les violences à Beni depuis 2013 (épiscopat)

08 avril 2021 à 17h35 Par AFP
Plus de 6.000 personnes ont été tuées dans la région de Beni depuis 2013 et plus de 2.000 dans la province voisine de l'Ituri en 2020, dans les violences qui sévissent dans l'Est de la République démocratique du Congo, a alerté jeudi l'épiscopat congolais. Les violences en cours ont fait "plus de 6.000 morts à Beni depuis 2013 et plus de 2.000 à Bunia pour la seule année 2020", a déclaré lors d'une conférence de presse à Kinshasa l'abbé Donatien Nshole, porte-parole des évêques catholiques de la RDC.Dans les régions de Beni, dans la province du Nord-Kivu, et dans celle de l'Ituri voisine, "on compte également au moins 3 millions de déplacés et environ 7.500 personnes kidnappées", a-t-il ajouté.L'abbé Nshole présentait un message dans lequel les prélats congolais ont dénoncé "l'occupation des terres, l'exploitation illégale des ressources naturelles, l'enrichissement sans cause, l'islamisation de la région au mépris de la liberté religieuse".Selon cette source, des civils qui s'étaient échappés après avoir été enlevés par les membres du groupe armé ougandais musulman des Forces démocratiques alliées (ADF) ont affirmé "avoir été contraints à adhérer à l'Islam".Les évêques ont aussi dénoncé l'incendie des maisons, et villages, la destruction et fermeture des écoles et centres de santé, la mise à sac des bâtiments administratifs, le pillages des bêtes, champs et cultures dans cette région orientale du pays.En janvier, une délégation des évêques de l'Association des conférences épiscopales de l'Afrique centrale (Aceac) et de la Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco) a effectué une mission pastorale dans les diocèses de Goma, Butembo-Beni (Nord-Kivu) et Bunia (Ituri).L'armée mène des opérations militaires dans ces régions, dont le résultat est "mitigé", selon la Cenco qui soutient que "certains officiers sont accusés de torpiller les avancées des hommes de rang et des officiers subalternes".- 57 personnes interpellées -Les prélats ont par ailleurs dénoncé "la modicité et le détournement de la solde des militaires de rangs et de leur ration" à la base de l'amenuisement de leur motivation.Ils estiment que l'armée congolaise est infiltrée par des "éléments étrangers" et dénonce "la présence des anciens rebelles du RCD, du CNDP et M23 (trois groupes alors soutenus par le Rwanda) dans les rangs des militaires engagés dans les opérations à l'Est et soupçonnés de complicité avec l'ennemi".Jeudi à Beni, les activités ont été paralysés pour le quatrième jour consécutif : écoles et commerces fermés, pas de taxis moto, ni véhicules. Plusieurs rues ont été barricadées et des pneus brulés sur la chaussée, a constaté un correspondant de l'AFP. Depuis lundi, les populations protestent contre les massacres des civils par des ADF, le plus meurtrier de la centaine des groupes armés actifs dans l'Est.Les policiers ont violemment dispersé les manifestants, les bastonnant à l'aide des bâtons et crosses de leurs fusils, a dénoncé, vidéo à l'appui, le mouvement pro-démocratie Lutte pour le changement (Lucha), à l'origine de protestations.Des coup de feu ont été entendus jeudi dans la ville à plusieurs reprises, tandis que des policiers et militaires étaient déployés en nombre dans les carrefours, selon le correspondant de l'AFP.Le porte-parole de la police de Beni, Nasson Murara, a indiqué que "57 personnes ont été interpellées", accusant les manifestants d'avoir "jeté des pierres sur les policiers".L'abbé Nshole a "encouragé" ces manifestants, estimant que "c'est leur droit de réclamer la sécurité mais que cela soit fait sans violence".