Rwanda: le rapport reconnaît les "qualités humaines et morales" des soldats français (ex-commandant)

Par AFP

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Le rapport établissant des "responsabilités accablantes" de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda montre que les militaires "ont rempli leur difficile mission dans le cadre des ordres de la République et dans le respect de l'éthique", estime mardi l'ex-commandant de l'opération Turquoise.

A la tête à l'époque de cette opération militaro-humanitaire lancée en juin 1994 par la France sous mandat de l'ONU, le général Jean-Claude Lafourcade se félicite dans une lettre ouverte de ce que le rapport publié vendredi "rejette toute complicité de génocide" et "montre sans ambiguïté la compétence professionnelle et les qualités humaines et morales de nos soldats confrontés à une situation dramatique et extrêmement complexe".La politique de la France au Rwanda entre 1990 et 1994, menée par un président et son entourage "aveuglés idéologiquement", a constitué une "faillite" et elle porte des responsabilités "accablantes" dans le génocide des Tutsi en 1994, selon ce rapport de plus de 1.000 pages rédigé par une commission de 14 historiens présidée par Vincent Duclert et remis au président Emmanuel Macron.L'opération controversée Turquoise, a certes "permis de sauver de nombreuses vies, mais non celles de la très grande majorité des Tutsi du Rwanda, exterminés dès les premières semaines du génocide", écrit la commission, en soulignant que les autorités françaises se sont refusées "à arrêter" les commanditaires du génocide ayant trouvé refuge dans la zone sous contrôle français."Je n'ai pas à commenter l'aspect politique du rapport mais il fait le constat, que j'ai si souvent exprimé non sans fierté, que seule la France a eu le courage d'intervenir pour arrêter le génocide après avoir essayé de rétablir la paix entre les belligérants", fait valoir le général Lafourcade, en déplorant les "accusations infamantes et diffamatoires" visant depuis 20 ans les militaires de Turquoise.Selon l'ONU, environ 800.000 personnes, essentiellement dans la minorité tutsi, ont été tuées en trois mois lors de massacres déclenchés après l'attentat contre l'avion du président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994. D'après le rapport Duclert, les militaires français de Turquoise ont laissé se perpétrer en juin 1994, dans les montagnes de Bisesero, les massacres de centaines de Tutsi qui les avaient pourtant suppliés de les sauver des tueurs.Le rapport pointe "l'échec profond" de l'armée française et le "drame humain" de Bisesero. Depuis 2005, six rescapés de Bisesero, des ONG et d'autres parties civiles accusent la force Turquoise d'avoir sciemment abandonné aux génocidaires des centaines de Tutsi à Bisesero du 27 au 30 juin 1994.En juillet 2018, les juges français ont clos leurs investigations sans prononcer de mise en examen, ouvrant la voie à un non-lieu qui n'a pas encore été prononcé.Le rapport publie les observations édifiantes du lieutenant-colonel Duval le 27 juin, qu'il n'enverra "que le 29 juin". Il raconte avoir, dans le secteur de Bisesero, rencontré "une centaine de Tutsi réfugiés dans la montagne". "Ils seraient environ 2.000 cachés dans les bois (...) Ils nous ont montré des cadavres de la veille et du jour même", écrit-il. "Ils espéraient notre protection immédiate ou leur transfert en un lieu protégé. Je (?) pu simplement leur promettre que nous reviendrions les voir et que l'aide humanitaire arriverait bientôt", poursuit-il."Il y a là une situation d'urgence qui débouchera sur une extermination si une structure humanitaire n'est pas rapidement mise en place ou tout au moins des moyens pour arrêter ces chasses à l'Homme".