Sénégal: Karim Wade, fils de l'ex-président, se dit "prisonnier politique"

31 juillet 2014 à 12h35 par La rédaction

Dakar (AFP)

Karim Wade, fils de l'ex-président sénégalais Abdoulaye Wade accusé d'enrichissement illicite et en détention préventive depuis 16 mois, a comparu jeudi devant une cour spéciale à Dakar, en se présentant comme un "prisonnier politique", au premier jour de son procès.

L'audience a été déclarée ouverte par le président de la Cour, Henri Grégoire Diop, devant une salle comble du Palais de Justice, près du centre-ville.

Invité par la cour à se présenter à la barre, Karim Wade, 45 ans, visiblement en forme, tout de blanc vêtu, a décliné son identité et s'est qualifié de "prisonnier politique".

La mère de Karim, Viviane Wade, était présente dans la salle, ainsi que des dirigeants du Parti démocratique sénégalais (PDS), sa formation et celle de son père qui a dirigé le Sénégal pendant douze ans (2000-2012).L'ex-président n'était pas là.

Le procès concerne aussi près de dix "complices" présumés de Karim Wade.Parmi eux figure Ibrahima Abdoukhalil Bourgi dit Bibo, homme d'affaires sénégalais d'origine libanaise, en liberté provisoire depuis juin 2013 pour raisons médicales.

L'audience a été suspendue peu après l'ouverture du procès, en raison de l'absence à la barre de M. Bourgi.Selon un de ses avocats, il se trouve dans une clinique de Dakar.

De nombreux Sénégalais se sont rendus tôt le matin au tribunal, pour pouvoir accéder au Palais de justice, dans et aux abords duquel étaient déployés policiers et gendarmes.

Karim Wade, en détention préventive depuis 16 mois, est accusé d'avoir illégalement acquis 178 millions d'euros par le biais de montages financiers complexes du temps où il était conseiller puis ministre de son père.

Selon l'accusation, cette somme se trouverait aujourd'hui dans des paradis fiscaux, dont Monaco et Singapour.Mais d'après les avocats de Karim Wade, près de la moitié de cet argent correspond à un compte à Singapour dont il est d'ores et déjà prouvé qu'il n'appartient pas à leur client.

Selon la défense, son patrimoine est d'environ deux millions d'euros, gagnés pour l'essentiel quand il était trader en Europe avant de devenir conseiller puis ministre de son père.

Abdoulaye Wade a quitté le pouvoir en mars 2012 à la suite de sa défaite à la présidentielle face à Macky Sall.Karim Wade était alors ministre de la Coopération internationale, des Transports aériens, des Infrastructures et de l'Energie, ce qui lui avait valu le surnom de "Ministre du ciel et de la terre". 

Arrêté en avril 2013, il est resté incarcéré à Dakar, en dépit de plusieurs demandes de remise en liberté de ses avocats.

 

- Un dossier de 40.000 pages -

 

Pour les partisans et défenseurs de Karim Wade, son procès est politique.

Il vise à "éliminer un adversaire politique" pour Macky Sall avant la prochaine élection présidentielle théoriquement prévue en 2017, a affirmé cette semaine à l'AFP Me El Hadj Amadou Sall, un de ses avocats et aussi un responsable du PDS.

Me Sall et ses confrères sénégalais et français de la défense parlent "de chasse aux sorcières" et dénoncent son jugement par la Cour de répression de l'enrichissement illicite (CREI).

Cette cour spéciale, qui était en sommeil depuis des années, a été réactivée par le président Macky Sall après son élection en 2012, afin de poursuive les responsables du régime d'Abdoulaye Wade soupçonnés de malversations.

Les défenseurs de Karim Wade ont été confortés dans leur conviction de l'innocence de leur client par la décision prise, en juin, par le parquet financier de Paris, de classer sans suite une plainte de l'Etat du Sénégal contre lui pour recel de détournement de fonds publics, recel d'abus de biens sociaux et de corruption en France.

Plusieurs organisations nationales et internationales de défense des droits de l'Homme ont regretté ce jugement par "une juridiction d'exception", qui ne garantit pas "un procès équitable".

Mercredi soir, le ministre sénégalais de la Justice, Sidiki Kaba, a assuré que toutes les dispositions avaient été prises pour permettre "la tenue d'un procès juste et équitable" mais aussi "public".

Selon lui, le dossier d'accusation comprend "près de 40.000 pages".