Somalie: un ancien responsable shebab nommé au gouvernement

AFRICA RADIO

2 août 2022 à 15h06 par AFP

Un ancien dirigeant des islamistes radicaux shebab devenu homme politique a été nommé ministre des Affaires religieuses dans le gouvernement somalien annoncé mardi par le Premier ministre Hamza Abdi Barre.

Aujourd'hui âgé de 53 ans, Muktar Robow, alias Abou Mansour, avait publiquement fait défection en août 2017 du mouvement qu'il avait contribué à fonder et qui mène depuis 15 ans une insurrection contre le gouvernement fédéral soutenu par la communauté internationale. Un temps l'objet d'une récompense de 5 millions de dollars offerte pour sa capture par le gouvernement américain, l'ex-porte-parole des shebab avait rompu en 2013 avec celui qui était alors à la tête de l'insurrection, Ahmed Abdi Godane. Il s'était ensuite réfugié dans la région de Bakool (sud-ouest), sans toutefois rompre complètement avec les shebab. En décembre 2018, il avait été arrêté alors qu'il briguait la présidence de l'Etat fédéré du Sud-Ouest. Le gouvernement, dirigé par le président Mohamed Abdullahi Mohamed dit Farmajo, l'accusait d'avoir "organisé une milice" et de n'avoir "jamais renoncé à ses idéologies extrémistes". Il était depuis en résidence surveillée dans la capitale Mogadiscio. Nommé le 15 juin par le nouveau président Hassan Cheikh Mohamoud, le Premier ministre Hamza Abdi Barre a désigné 25 ministres, 24 ministres et vice-ministres d'États dans un gouvernement de 75 membres au total. Il a affirmé lors d'une conférence de presse les avoir "sélectionnés sur la base de leur parcours universitaire, de leur expérience et de leur sens de l'équité". "J'attends (d'eux) qu'ils répondent aux besoins du pays, avec l'espoir qu'ils ouvriront une voie nouvelle pour la Somalie et je suis confiant qu'ils mettront en oeuvre la grande vision du président et son programme d'une Somalie en paix avec elle-même et le monde", a-t-il ajouté. De nombreux défis attendent le gouvernement, qui doit encore être approuvé par un vote du Parlement. Pays en proie à une instabilité chronique, la Somalie est confrontée depuis 15 ans à l'insurrection des shebab, qui restent solidement implantés dans de vastes zones rurales. Ils ont profité des crises à répétition au sommet de l'exécutif ces derniers mois pour intensifier leurs attaques contre le gouvernement fédéral et les forces de sécurité. Le pays fait également face à la menace d'une famine imminente causée par la pire des sécheresses depuis 40 ans. Les quatre dernières saisons des pluies depuis fin 2020 ont été insuffisantes et 7,1 millions de Somaliens, soit près de la moitié de la population, se trouvent en situation d'insécurité alimentaire aiguë, selon l'ONU. Cette sécheresse a également fait 918.000 déplacés.