Soudan: des manifestants incendient un bâtiment officiel après un conflit tribal meurtrier

AFRICA RADIO

23 octobre 2022 à 15h06 par AFP

Des milliers de Soudanais ont incendié dimanche le siège du gouvernement du Nil Bleu, à Damazine, dans le sud frontalier de l'Ethiopie, pour dénoncer l'inaction selon eux des autorités locales face à un conflit tribal qui a fait 200 morts, selon des témoins.

La foule a d'abord tenté de forcer l'entrée du quartier général de l'armée dans la province au cri de "Omda dégage!", en référence au gouverneur Ahmed Al-Omda Badi, ont rapporté ces témoins. "Ils se sont finalement tournés vers le siège du gouvernement local et y ont mis le feu, l'incendie est toujours en cours", a déclaré Abdel Qader Ibrahim, un habitant joint par l'AFP au téléphone. Au moins "200 personnes sont mortes" lors d'affrontements mercredi et jeudi entre la tribu des Haoussas, une ethnie africaine, et des clans rivaux pour la terre à Wad al-Mahi, à 500 kilomètres au sud de Khartoum, a annoncé samedi un responsable local. "Certains corps n'ont pas encore été enterrés", a-t-il ajouté, appelant "les organisations humanitaires à aider" les autorités locales à inhumer les victimes. "Les hôpitaux font face à une grave pénurie de médicaments compte tenu du nombre croissant de blessés", a déclaré dimanche par téléphone à l'AFP le ministre local de la Santé, Gamal Nasser. Vendredi, M. Omda avait décrété l'état d'urgence dans l'Etat du Nil Bleu et donné les pleins pouvoirs aux forces de sécurité pour "faire cesser les combats". Jeudi déjà, plusieurs centaines de personnes avaient manifesté à Damazine, le chef-lieu du Nil Bleu, pour protester contre les violences, alors que de juillet à début octobre, au moins 149 personnes ont été tuées et 65.000 déplacées dans cet Etat, selon l'ONU. Durant l'été, les Haoussas s'étaient mobilisés à travers le Soudan, se disant discriminés par la loi tribale qui leur interdit, parce qu'ils sont arrivés les derniers dans le Nil Bleu, de posséder des terres. La question de l'accès à la terre est très sensible au Soudan, où agriculture et élevage représentent 43% des emplois et 30% du PIB. Depuis le putsch, le 25 octobre 2021, du général Abdel Fattah al-Burhane, les conflits tribaux sont en hausse du fait, disent les experts, du vide sécuritaire créé par le coup d'Etat. Depuis janvier, ils ont fait près de 600 morts et plus de 210.000 déplacés, selon l'ONU.