"Tentative" de putsch à Sao Tomé: l'ex-président du Parlement libéré sous contrôle judiciaire

AFRICA RADIO

30 novembre 2022 à 17h06 par AFP

L'ancien président de l'Assemblée nationale de Sao Tomé-et-Principe Delfim Nevès, accusé par le Premier ministre d'avoir commandité une "tentative de coup d'Etat déjouée" vendredi, a été remis en liberté sous contrôle judiciaire, a annoncé son avocat à l'AFP mercredi.

"Delfim Nevès a été libéré" sous contrôle judiciaire, a déclaré son avocat Me Hamilton Vaz, joint au téléphone. Il a été relâché "mardi soir", a précisé l'agence de presse gouvernementale STP-Press, citant une source judiciaire assurant qu'il n'existait pas à ce stade "d'indices solides et forts" de l'implication de M. Nevès dans la "tentative de coup d'Etat" dénoncée par le chef du gouvernement Patrice Trovoada. De nombreuses zones d'ombres entourent encore les circonstances et la chronologie des événements. Quatre hommes avaient été capturés dans la nuit après six heures d'échanges de tirs dans le quartier général de l'armée, avait annoncé M. Trovoada vendredi matin. Sur "dénonciation" des quatre interpellés, les forces de l'ordre avaient ensuite arrêté deux hommes présentés par le Premier ministre comme les commanditaires présumés: Delfim Nevès et un ancien mercenaire santoméen d'un groupe privé sud-africain dissout, Arlecio Costa. Deux jours plus tard, le chef d'état-major de l'armée annonçait que trois des détenus étaient morts, des suites de leurs blessures dans une "explosion", sans plus de détails, et que M. Costa avait également péri en "sautant d'un véhicule". Il annonçait également que 12 militaires avaient été arrêtés, soupçonnés d'avoir participé à l'assaut. Le gouvernement a annoncé l'ouverture d'une deuxième enquête, en plus de celle sur la tentative de putsch, sur les circonstances des quatre décès. Le petit archipel très pauvre du Golfe de Guinée, est considéré comme un modèle de démocratie parlementaire en Afrique, où les alternances au pouvoir se font sans heurts depuis une dizaine d'années. M. Nevès, candidat malheureux à la présidentielle de 2021 remportée par le parti de M. Trovoada, l'Action Démocratique Indépendante (ADI), avait fondé, avec d'autres mouvements, le Mouvement Basta en 2022, juste avant des législatives remportées par l'ADI. Basta avait obtenu près de 9% des suffrages et deux sièges au Parlement. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux, que l'AFP n'a pas pu authentifier, prétendaient dès vendredi montrer les auteurs présumés et M. Costa ligotés et blessés pour certains, puis les mêmes, morts. "Comment expliquer la mort de trois assaillants, ainsi que de l'un des commanditaires présumés de l'action ? Comment éclaircir cette affaire devant la justice s'ils se sont déjà fait justice eux-mêmes ?", s'interroge l'ONG santoméenne Observatoire de la transparence-STP sur sa page Facebook. L'Union européenne a "fermement condamné" mardi la "tentative de coup d'Etat" en souhaitant que des enquêtes "fassent la lumière sur les faits (...) en conformité avec les droits humains et les valeurs démocratiques".