Khartoum expulse une commission d'enquête sur la répression de 2019 (responsable)

AFRICA RADIO

7 mars 2022 à 16h36 par AFP

Les forces de sécurité soudanaises ont saisi les locaux de la commission enquêtant sur la mort d'une centaine de manifestants en 2019, a indiqué lundi le chef de cet organe indépendant.

Depuis le coup d'Etat militaire du 25 octobre, le nouveau pouvoir s'en est pris à plusieurs commissions enquêtant sur les 30 années de dictature militaro-islamiste d'Omar el-Béchir ainsi que sur les violences qui ont fait plus de 250 morts lors de la révolte populaire qui l'a renversé et les manifestations qui se sont poursuivies ensuite. "Les forces de sécurité ont ordonné l'évacuation du bâtiment et interdit l'entrée aux membres de la commission" qui n'ont pu "récupérer aucun document", affirme dans un communiqué l'avocat Nabil Adib. Les forces de sécurité ont ensuite "fait entrer des civils pour y faire des travaux", ajoute-t-il. Béchir a été évincé en avril 2019 par l'armée sous la pression de la rue. Les manifestants ont toutefois poursuivi leur sit-in pour obtenir des généraux qu'ils partagent le pouvoir avec les civils. Le 3 juin 2019, leur dispersion par des hommes armés en tenue militaire a fait 128 morts. Une première enquête, ordonnée par l'armée, avait incriminé les paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), dirigés par le général Mohammed Hamdane Daglo, aujourd'hui numéro deux du pouvoir militaire. Une seconde enquête avait été ouverte fin 2019 par la commission indépendante vidée lundi, alors tout juste nommée par le Premier ministre civil d'alors Abdallah Hamdok --en vue de dédommager les familles. Les membres de la commission, qui n'ont jusqu'ici rendu aucune conclusion, ne reprendront leurs travaux qu'une fois leur locaux "vidés" des nouveaux occupants et uniquement s'ils peuvent "s'assurer qu'aucun document n'a été falsifié ou utilisé pour révéler les secrets de l'enquête", prévient Me Adib. Avant cette commission, celle chargée de récupérer les biens spoliés par le régime Béchir s'était retrouvée dans le viseur du nouveau pouvoir militaire, que les militants prodémocratie accusent de chercher à réinstaller l'appareil sécuritaire et politique de l'ancien régime. Deux de ses membres, également ministres, attendent derrière les barreaux que leur soient notifiées des charges. Le général Burhane, lui, a récemment laissé entendre dans les médias qu'ils étaient soupçonnés de malversations. Des milliers de manifestants défilent encore régulièrement à travers le Soudan pour réclamer justice pour les victimes de la répression de 2019 mais aussi pour les 85 manifestants tués dans les défilés anti-putsch ces quatre derniers mois.