Bénin: les deux opposants condamnés ne feront pas appel (avocats)

Par AFP

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Les deux opposants béninois condamnés mi-décembre à de lourdes peines d'emprisonnement par la justice ne feront pas appel de leur sentence, ont confirmé à l'AFP lundi leurs avocats.

L'opposante béninoise et ancienne garde des Sceaux Reckyatou Madougou avait été condamnée le 11 décembre à 20 ans de prison pour "terrorisme" par la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (Criet). "L'absence d'indépendance de la Criet et l'absence d'équité des juges motivent" la décision de ne pas faire appel, a expliqué à l'AFP l'un de ses avocats, Renaud Agbodjo. En cas d'appel, l'opposante aurait été jugée par la même juridiction. "Comment faire confiance à des juges qui ne sont ni libres, ni impartiaux et à qui on demande de condamner, même sans preuve", a déploré de son côté l'avocat français Mario Stasi, qui assure également la défense de l'ancienne ministre. Cette dernière, dont la candidature à l'élection présidentielle du 11 avril avait été rejetée, avait été arrêtée quelques semaines avant le scrutin, qui a vu le président Patrice Talon être réélu pour un second mandat avec plus de 86% des voix. L'agrégé en droit et opposant Joël Aïvo, condamné lui à 10 ans de prison quelques jours après Mme Madougou, n'a pas non plus voulu faire appel de sa condamnation. "Il n'y croit pas et moi non plus", a déclaré à la presse Robert Dossou, un de ses avocats. Après ces deux condamnations, les Etats-Unis avaient fait part de leurs "graves inquiétudes quant à l'ingérence politique dans le système judiciaire pénal du Bénin", déplorant un "ciblage systématique des figures de l'opposition". Mise en place par le pouvoir en 2016, la Criet est accusée de servir à museler l'opposition au bénéfice du président béninois Patrice Talon, qui a engagé le pays, selon l'opposition, dans un tournant autoritaire au nom du "développement". La plupart des grandes figures de l'opposition au Bénin ont été poursuivies par la justice, et vivent désormais en exil. Moins d'une semaine avant l'élection, un des juges de la Criet avait fui le pays et dénoncé des pressions exercées par le pouvoir, notamment concernant l'incarcération de Mme Madougou. Le pouvoir nie toute forme d'ingérence et affirme que la Criet a été mise en place pour mettre fin à l'impunité au sein de la classe politique, faisant fi des appartenances partisanes.