Est de la RDCongo: après l'heure de la trêve, des combats ont continué (témoins)

AFRICA RADIO

25 novembre 2022 à 18h06 par AFP

Les rebelles du M23, censés arrêter les combats vendredi soir aux termes de l'accord de cessez-le-feu conclu cette semaine à Luanda, ont continué de gagner du terrain en fin de journée sur un des fronts du théâtre de leur offensive dans l'est de la RDC, selon des sources locales.

Goma (RD Congo) (AFP)

Après 18H00 (17H00 GMT), heure prévue pour la trêve, des habitants interrogés par téléphone faisaient encore état de combats vers Bwiza, à une quarantaine de km au nord de la grande ville de Goma, chef-lieu du Nord-Kivu.Ce secteur de Bwiza était dans les années 2000 le bastion de l'ex-chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda.

La nuit était tombée et il était toutefois difficile d'avoir une idée précise de la situation.

"Le M23 est à Bwiza", a indiqué une source administrative, ajoutant que plusieurs villages du secteur étaient tombés aux mains des rebelles.

D'autres sources avaient signalé des affrontements à l'arme lourde entre le M23 et des milices hutu plus tôt dans la journée à environ 70 km au nord de Goma, dans le groupement (entité administrative) voisin de Bambo. 

Une source sécuritaire a confirmé que ces affrontements avaient opposé le M23 aux FDLR (Forces démocratiques de libération du Rwanda), des rebelles hutu rwandais implantés dans l'est de la République démocratique du Congo depuis le génocide des Tutsi en 1994 au Rwanda. 

Les combats semblaient s'être arrêtés en début de soirée dans cette zone.

La situation est par ailleurs restée figée à une vingtaine de km au nord de Goma, où une ligne de front s'établit depuis environ deux semaines au niveau de Kibumba, sur la route nationale 2.

Mercredi, un mini-sommet organisé à Luanda, dans le cadre d'initiatives diplomatiques tentant de ramener la paix dans l'est déchiré de la RDC, a décidé une "cessation des hostilités" vendredi soir, suivie deux jours plus tard du retrait des rebelles du M23 "des zones occupées" et de leur "repli dans leurs positions initiales". 

Si les rebelles refusent, la force régionale est-africaine en cours de déploiement à Goma "fera usage de la force pour les pousser à se soumettre", ajoutait le texte adopté.

- Bastions montagneux -

Un porte-parole du M23 a déclaré jeudi que le mouvement n'était "pas vraiment concerné" par l'accord de Luanda, parce qu'il n'était pas présent aux discussions auxquelles ont notamment pris part le président congolais Félix Tshisekedi et le ministre rwandais des Affaires étrangères Vincent Biruta.

"Normalement, quand il y a un cessez-le-feu, c'est entre les deux parties en guerre", a-t-il ajouté, en réclamant un "dialogue direct" avec le gouvernement.Celui-ci refuse, excluant de discuter en l'état avec un mouvement "terroriste" soutenu par le Rwanda.

Dans un communiqué diffusé vendredi, le président du M23, Bertrand Bisimwa, dit qu'"une fois de plus", le mouvement rebelle "accepte le cessez-le-feu tel que recommandé" par le sommet de Luanda.Mais il demande à Kinshasa de "le respecter à son tour, faute de quoi le M23 se réserve pleinement le droit de se défendre".

Plus d'une centaine de groupes armés écument l'est de la RDC, notamment le M23 ("Mouvement du 23 mars"), une ancienne rébellion tutsi vaincue en 2013 qui a repris les armes en fin d'année dernière, en reprochant à Kinshasa de ne pas avoir respecté des engagements sur la démobilisation et la réinsertion de ses combattants. 

Depuis plusieurs mois, le mouvement, parti de ses bastions montagneux du territoire de Rutshuru, aux confins des frontières congolaise, rwandaise et ougandaise, a gagné du terrain vers l'ouest, en direction de Goma mais aussi du territoire de Masisi, terre fertile et d'élevage peuplée depuis la colonisation belge de nombreux Tutsi venus du Rwanda.

La résurgence du M23 a provoqué un regain de tension entre la RDC et le Rwanda. 

Kinshasa accuse Kigali d'apporter au M23 un soutien que des experts de l'ONU et des responsables américains ont également pointé ces derniers mois.Le Rwanda conteste, en accusant en retour Kinshasa de collusion avec les FDLR.