Un ministre centrafricain incarcéré, accusé de crimes contre l'humanité

Par AFP

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Un ministre en fonction et ancien chef rebelle a été incarcéré en Centrafrique, accusé de crimes de guerre et contre l'humanité par la Cour pénale spéciale de ce pays, selon une ordonnance de cette juridiction dont l'AFP a pu lire une copie samedi.

Ce pays parmi les plus pauvres du monde est le théâtre, depuis 2013, d'une guerre civile d'abord très meurtrière mais qui a considérablement baissé d'intensité après 2018. Hassan Bouba, ministre de l'Elevage et de la Santé animale, ancien conseiller spécial de l'actuel chef de l'Etat Faustin Archange Touadéra, a été arrêté vendredi matin dans le bureau de son ministère par la police judiciaire, selon plusieurs sources proches du dossier qui ont requis l'anonymat. Agé de 36 ans et appelé plus fréquemment Hassan Bouba, il avait aussi été numéro 2 de l'un des plus redoutables groupes armés rebelles, l'Union pour la Paix en Centrafrique (UPC), avant de rejoindre le pouvoir en 2017. L'"ordonnance aux fins d'incarcération" de la Cour Pénale Spéciale (CPS) consultée par l'AFP, pas plus que les sources anonymes, ne précisent quels sont les faits qui valent à M. Ali Hassan ces "inculpations". Mais en août dernier, l'ONG américaine The Sentry avait affirmé au terme d'une enquête très détaillée que le chef de l'UPC, Ali Darassa, et son numéro deux de l'époque, Bouba Ali Hassan, étaient directement responsables de l'attaque d'un camp de déplacés en novembre 2018 à Alindao, à quelque 500 km à l'est de Bangui, qui s'était soldée par la mort d'au moins 112 villageois dont 19 enfants. Les accusations retenues sont extrêmement lourdes et le présentent même comme un des auteurs présumés de massacre et tortures : "Crimes de guerre" et "crimes contre l'humanité par meurtres, actes inhumains" et "traitements cruels tels que la torture", lit-on dans l'ordonnance des juges de la CPS qui l'ont auditionné vendredi et ordonné son "incarcération provisoire" immédiatement après. La CPS est une juridiction hybride, composée de magistrats centrafricains et internationaux, chargée de juger à Bangui les violations graves des droits humains commises depuis 2003 dans ce pays d'Afrique centrale. La dernière guerre civile en date a éclaté en 2013 après un coup d'Etat contre le président François Bozizé par une alliance de groupes armés à majorité musulmane, la Séléka, et les représailles lancées par des milices dites anti-balaka, dominées par des chrétiens et des animistes, rassemblées et dirigées par le chef de l'Etat déchu. Les affrontements sanglants entre les deux camps, dont les civils ont été les principales victimes, ont culminé en 2014 et 2015, et Séléka et anti-balaka ont été accusés par l'ONU de crimes de guerre et contre l'humanité. Au moment du massacre d'Alindao, Hassan Bouba, était conseiller spécial du président Touadéra dont le régime intégrait alors progressivement des chefs de groupes armés afin de tenter de les diviser. Il a été nommé ministre en décembre 2020. La guerre civile a considérablement baissé d'intensité depuis 2018 mais des groupes armés, issus ou non de l'ex-Séléka et des anti-balaka, occupaient encore fin 2020 plus des deux tiers de la Centrafrique. Certains ont lancé fin décembre une rébellion contre le régime de M. Touadéra à la veille de la présidentielle. Ce dernier a été finalement réélu et son armée, grâce à l'appui de centaines de paramilitaires russes et de soldats rwandais, a aujourd'hui largement reconquis le territoire. Hassan Bouba a été exclu en janvier 2021 de l'UPC d'Ali Darassa, un groupe armé issu de l'ex-Séléka. L'UPC était alors membre de la nouvelle coalition rebelle contre M. Touadéra mais l'a quittée quatre mois plus tard.