Darfour: multiplication des attaques contre les Casques bleus, auteurs impunis

Par La rédaction

Khartoum (AFP)

Les attaques meurtrières visant les Casques bleus au Darfour se multiplient et ont coûté la vie à 18 d'entre eux en 12 mois dans un contexte de violences accrues dans cette région de l'ouest du Soudan où les auteurs restent impunis.

Depuis sa création il y a six ans, la mission de paix conjointe de l'Union africaine et de l'ONU au Darfour (Minuad) a perdu 50 de ses membres. 

Selon plusieurs sources onusiennes, aucun suspect n'a jusqu'ici été interpellé alors que le bilan des victimes atteint sur un an plus du tiers du nombre total de tués depuis 2007. 

"A chaque fois qu'il y a des morts, même s'il y a une enquête, (il n'y a) pas d'aboutissement, rien", déplore un diplomate africain. 

"Notre principal soupçon (...) est que les attaquants soient issus d'une milice pro-gouvernementale", ajoute-t-il, sous couvert d'anonymat. 

L'ONU n'a eu de cesse de demander au Soudan de traduire en justice les auteurs des violences contre la Minuad, la plus importante force de maintien de la paix au monde avec plus de 18.000 soldats et policiers.

Le ministère français des Affaires étrangères a formulé la même demande le 14 octobre dans un communiqué condamnant la dernière attaque contre la Minuad qui avait fait trois morts et qualifiant de "préoccupante" la dégradation de la situation sécuritaire. 

"Si nous pouvions trouver (les responsables), nous les traduirions sans aucune doute devant la justice", a assuré à l'AFP le ministre soudanais de l'Information, Ahmed Bilal Osmane.

Des enquêtes sont en cours, a-t-il précisé ajoutant qu'il était "impossible" que des milices pro-gouvernementales soient impliquées dans les attaques. 

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, avait cependant assuré que "des hommes armés en uniforme militaire" figuraient parmi les assaillants d'une base de la Minuad lors d'une attaque meurtrière en juillet. 

Après une embuscade le 3 juillet, ayant fait trois blessés chez les Casques bleus et un mort parmi les assaillants, la Minuad a également demandé aux autorités soudanaises de l'assister dans l'enquête."Ils ne l'ont pas encore fait", a souligné Ban Ki-moon, dans un rapport publié mercredi.

Vols d'armes et de véhicules

Le mobile des assaillants pourrait être le vol, estime M. Osmane ajoutant qu'ils "veulent s'emparer des véhicules". 

Selon le diplomate, les assaillants sont "très professionnels" et ils cherchent aussi à voler des armes.Il rapporte le témoignage d'un Casque bleu affirmant avoir vu des attaquants en "uniformes soudanais" rassembler des armes de la Minuad à l'issue d'une attaque. 

Les violences entre tribus et contre la Minuad se sont aggravées cette année au Darfour, théâtre d'un conflit dévastateur depuis que des tribus locales se sont soulevées il y a dix ans contre les autorités de Khartoum.

 Depuis octobre 2012, la Minuad est devenue une cible de plus en plus privilégiée et a essuyé son pire assaut le 13 juillet, à l'issue duquel sept soldats tanzaniens et un policier sierra-léonais ont perdu la vie.Khartoum avait accusé les rebelles et s'était engagé à mener une "enquête urgente" sur ce cas.   

La semaine dernière, l'Union africaine a appelé le gouvernement soudanais à "faire preuve de bonne volonté en prenant toutes les mesure nécessaires" pour identifier les auteurs d'attaques et les traduire en justice. 

Selon une source humanitaire, les principaux groupes rebelles sont peu susceptibles d'attaquer la Minuad.Elle soupçonne "les milices proches du gouvernement" d'être derrière certaines attaques et assure qu'un gang puissant serait responsable d'au moins un des derniers assauts. 

Face aux risques croissants et à l'absence de réponse judiciaire, les soldats de la paix adoptent désormais une attitude plus défensive, affirme le diplomate africain. 

"Maintenant s'il y a une attaque, c'est feu contre feu", prévient-il.