Burkina : « Le contrôle des institutions de l’État par les militaires aurait dû apporter un plus dans la réponse sécuritaire.», Sarka Coulibaly (analyste)

 Sarka Coulibaly, analyste politique burkinabè

12 mai 2022 à 14h59 par Lilianne Nyatcha / Africa Radio

Plus de 3 mois après le coup d’État, les attaques terroristes se multiplient au Burkina, alors même que plusieurs mesures ont été prises pour tenter de venir à bout des groupes terroristes . L'espoir né de l'arrivée au pouvoir des militaires a disparu, mais il faut continuer à chercher des solutions face à l’insécurité, souligne l'analyste politique burkinabè Sarka Coulibaly interrogé par Lilianne Nyatcha.

Quel regard portez-vous sur les mesures notamment politiques et sécuritaires prises jusque-là par le pouvoir de transition ?

Les mesures politiques ont surtout porté sur la mise en place des organes de la transition, la définition d’une charte de transition et d’une feuille de route de la transition. Donc en réalité, il s'agit de la mise en place des organes qui doivent structurer la transition au niveau politique. On a effectivement eu la mise en place du gouvernement de transition et de l'assemblée législative de transition.

Ces organes doivent accompagner le gouvernement et le président dans la mise en œuvre de la feuille de route. Dans cette feuille de route, la plupart des Burkinabés considèrent que la priorité des priorités c’est la sécurité. Et même si ce n’est que ce point que le président réussit à accomplir, on pourrait considérer qu’il a réussi sa transition. Tout le monde attend à ce qu’il règle la question sécuritaire.

Et pour le moment, ce n’est pas le cas. Puisque les attaques se multiplient dans le pays.

Oui. Au début de la transition, on avait quand même nourri un certain optimisme parce qu’on considérait que si les militaires sont eux-mêmes aux commandes des décisions politiques, il n’y aurait plus d’intermédiaire entre le président et les opérationnels du terrain de la sécurité. Le contrôle des institutions de l’État par les militaires aurait dû apporter un plus dans la réponse sécuritaire.

Ensuite, il y a eu une série des reformes de la Direction des unités des forces de défense et de sécurité avec une foule de nominations à des postes stratégiques et la création de certains organes militaires comme le Commandement opérationnel du dialogue national qui était chargé d’harmoniser le travail de lutte contre le terrorisme entre les différentes unités. On a assisté à ces réformes du dispositif militaire et on s’était attendus effectivement à une réduction du rythme des attaques. Malheureusement, on est bien obligés de constater qu’on est en bonne route pour revenir au rythme de 2021 en 2022.

Les attaques se seraient même accentuées selon certains Burkinabés.

En termes de nombre, le mois dernier, en avril, il y a eu effectivement des attaques à répétition. Et si le rythme d’avril est maintenu dans les prochains mois, nous risquerons de dépasser le nombre d’attaques qu’il y a eu en 2021. Le bilan est mitigé en ce qui concerne la lutte contre le terrorisme.

Est-ce que les mesures qui ont été prises pour justement combler les faiblesses jusque-là attribuées à l’armée dans la lutte contre le terrorisme ont vraiment été des plus adaptées ?

Quand vous regardez les décisions que les militaires ont adoptées sur le plan formel, vous pensez que les mesures prises par l’armée peuvent permettre d’améliorer la réponse sécuritaire. C’est vrai qu’il y a eu des nominations, de nouveaux dirigeants opérationnels etc. cela aurait pu apporter un effet de réduction des attaques, seulement il faut dire qu’en face, il y a aussi des facteurs explicatifs du fait que la situation ne se soit pas améliorée.

C’est la conséquence du fait que le Mali a réussi à s’opposer aux groupes terroristes, en détruisant la plupart des bases que ces troupes avaient : on a assisté à une relocalisation du phénomène au niveau du Burkina Faso qui est beaucoup plus vulnérable que le Niger, par exemple, qui a un territoire beaucoup plus vaste. Cet afflux des terroristes fait que c’est beaucoup plus difficile de les dégager du Burkina.

Le coup d’État a commencé le 23 janvier par une mutinerie de soldats suivie de la prise du pouvoir par les militaires. 100 jours après, est-ce qu’on peut parler de sérénité dans les rangs de l’armée Burkinabè ?

C’est une question difficile à répondre, dans la mesure où comme vous le savez, on appelle l’armée, ‘’la grande muette’’. Il est assez difficile d’évaluer le niveau de moral des troupes à l’intérieur des casernes.

Qu’est-ce que le pouvoir militaire de transition doit pouvoir réajuster pour espérer un meilleur résultat dans les mois à venir ?

Il y a l’intensification de la réponse militaire directe contre les terroristes. Les comités de dialogue locaux ont été mis en place et sont dirigés par les autorités coutumières dans les villages. Ces coutumiers sont chargés d’entrer en contact avec les jeunes terroristes de ces villages afin de trouver localement des accords avec les groupes terroristes. Il faut une intensification de cette action et un engagement plus fort de l’État à résorber les crises qui ont fait qu’une partie des Burkinabè a pris les armes.

Plus de 3 mois après le coup d’État, les attaques terroristes se multiplient au Burkina