Affaire Kieffer: la famille dénonce le blocage de l'enquête en Côte d'Ivoire

11 octobre 2010 à 12h14 par La rédaction

PARIS (AFP)

Le frère et l'avocat de la famille du journaliste franco-canadien Guy-André Kieffer, disparu en Côte-d'Ivoire en 2004, ont dénoncé lundi le blocage par les autorités ivoiriennes de l'enquête menée sur place par un juge d'instruction français.

Le juge Patrick Ramaël se trouve en Côte-d'Ivoire depuis le 3 octobre où il devait mener une série d'actes d'enquête sur la disparition du journaliste et le rapt de Xavier Ghelber, un avocat parisien en mission d'audit sur la filière cacao pour le compte de l'Union européenne, enlevé par des hommes en armes le 7 novembre 2004 à l'hôtel Ivoire d'Abidjan.

Mais alors que ce déplacement du juge avait reçu l'aval des autorités ivoiriennes, le magistrat n'a pu bénéficier sur place de la coopération de ses homologues.

"Le juge Patrick Ramaël avait déjà rencontré des difficultés lors de la dizaine de déplacements qu'il a effectués en Côte-d'Ivoire mais jamais il n'y avait eu un tel blocage politique", a déploré le frère du journaliste, Bernard Kieffer, au cours d'une conférence de presse.

"Les autorités ivoiriennes ont fait savoir au juge Ramaël que ses homologues étaient soit souffrants, soit en vacances: c'est une situation inacceptable qui traduit une volonté politique d'enterrer cette affaire à l'approche des élections en Côte-d'Ivoire" qui se tiendront le 31 octobre, a ajouté M. Kieffer.

Le Quai d'Orsay "souhaite que toute la lumière puisse être faite sur les circonstances et les responsabilités dans le décès" de M. Kieffer, a déclaré Christine Fages, porte-parole adjointe.

"Nous apportons au juge français toute notre assistance matérielle par l'intermédiaire de notre ambassade à Abidjan", a ajouté Mme Fages.

Le journaliste indépendant franco-canadien Guy-André Kieffer a disparu le 16 avril 2004 à Abidjan.L'enquête menée en France s'est orientée vers des cercles proches du pouvoir du président Laurent Gbagbo, qui dénonce une "politisation" de la justice.

"Cette volonté du pouvoir ivoirien d'entraver la recherche de la vérité montre qu'il a manifestement quelque chose à se reprocher", a fait valoir Me Alexis Gublin, l'avocat de la famille Kieffer."Cela montre que la disparition de M. Kieffer a été ordonnée ou au moins tolérée, cautionnée par le sommet du pouvoir ivoirien".

Selon Bernard Kieffer, la disparition de son frère comme d'autres affaires franco-ivoiriennes risquent d'être "enterrées au nom notamment d'un consensus politique pour restaurer les relations franco-ivoiriennes".

Bernard Kieffer a rapporté que le président Sarkozy avait promis en août 2007 que "les relations franco-ivoiriennes ne seraient pas normalisées tant que la disparition de (son) frère ne serait pas élucidée".

"Je voudrais rappeler au président Sarkozy et à Claude Guéant (secrétaire général de l'Elysée, en déplacement en Côte-d'Ivoire début octobre, ndlr) leurs engagements", a-t-il ajouté.