Cameroun: le leader séparatiste Ayuk Tabe en grève de la faim

1er août 2019 à 14h04 par AFP

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Le dirigeant des séparatistes anglophones au Cameroun, Julius Ayuk Tabe, a entamé une grève de la faim depuis la prison de Yaoundé pour protester contre la "disparition" de codétenus à la suite de mutineries, a annoncé jeudi à l'AFP l'un de ses avocats.

M. Ayuk Tabe, président autoproclamé de l'Ambazonie, Etat que les séparatistes anglophones veulent créer au Cameroun, et neuf de ses partisans ont cessé de s'alimenter dans la nuit de mardi à mercredi, a précisé Me Joseph Fru, membre d'un collectif d'avocats en charge de la défense des séparatistes."Nous portons à votre attention notre décision de manifester par une grève de la faim (à partir de) minuit", écrit mardi M. Ayuk Tabe, dans une lettre adressée au ministre camerounais de la Justice, Laurent Esso.Dans la lettre dont l'AFP a confirmé l'authenticité, le dirigeant séparatiste explique leur décision de ne plus s'alimenter pour une durée illimitée afin de protester contre "la disparition de (leurs) compatriotes" de la prison centrale de Yaoundé et de celle de Buea, après les récentes mutineries qui ont secoué ces deux centres pénitenciers.Dans la nuit du 22 au 23 juillet, la prison centrale de Yaoundé avait été le théâtre d'une mutinerie. Des coups de feu avaient été tirés, des services entiers avaient été saccagés et d'autres brûlés.Le gouvernement avait annoncé l'arrestation de 177 personnes, dont des séparatistes anglophones, après ces incidents.Une rumeur faisant état de la mort après de présumés actes de torture d'un leader anglophone, Mancho Bibxy, arrêté en prison après la mutinerie de Yaoundé, a circulé sur les réseaux sociaux avant d'être démentie par le gouvernement.Le 23 juillet, la prison centrale de Buea, chef-lieu du Sud-Ouest, l'une des deux régions anglophones du Cameroun en proie à une violente crise, avait, elle aussi, été secouée par une mutinerie marquée par le saccage et l'incendie de certaines installations.Selon le gouvernement, 45 personnes, dont 43 détenus, avaient été blessées et 20 protestataires arrêtés.Les détenus anglophones des deux prisons demandaient d'être traduits en justice et l'amélioration de leurs conditions de détention.Suite à ces incidents, le ministre de la Justice, Laurent Esso, a écrit aux responsables régionaux des Cours d'appel du Cameroun pour leur demander de lui faire parvenir des "suggestions sur la réduction (des) lenteurs judiciaires".ONGs et avocats dénoncent régulièrement les lenteurs judiciaires et les conditions de détention dans les prisons camerounaises.Les régions anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest sont confrontées à une violente crise socio-politique depuis près de trois ans qui a dégénéré en conflit armé, soldats et séparatistes s'affrontant régulièrement.Selon l'ONU, plus de 530.000 personnes ont dû fuir leurs lieux de vie entre le début du conflit fin 2016 et la fin du mois de juin.