Libye: Kadhafi contre-attaque et promet des milliers de morts en cas d'intervention

2 mars 2011 à 15h11 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Le colonel Mouammar Kadhafi a contre-attaqué mercredi, promettant dans un discours des milliers de morts en cas d'intervention des Occidentaux en Libye et envoyant troupes et avions de chasse à l'attaque dans l'Est contrôlé par les insurgés. 

En face, un porte-parole de l'opposition à Benghazi, centre névralgique de la révolte, a réclamé des frappes de l'ONU contre les mercenaires employés par le régime.

Au 16e jour d'insurrection, la communauté internationale, soucieuse d'aider l'opposition mais consciente des conséquences néfastes d'une trop grande implication, avance ses pions, notamment militaires, après avoir adopté une série de sanctions économiques.

A Tripoli, le "guide de la révolution libyenne" est apparu devant une foule de partisans lors d'une cérémonie marquant le 34e anniversaire de l'établissement du "pouvoir des masses" en Libye.

"Des milliers de Libyens mourront en cas d'intervention de l'Amérique ou de l'Otan", a-t-il prévenu lors d'un discours de plus de deux heures et demie.

En outre, "nous ne pouvons pas permettre aux Américains ou à l'Occident d'intervenir en Libye.S'ils le font, ils doivent savoir qu'ils se jettent dans un enfer et une mer de sang pire que l'Irak ou l'Afghanistan (...).Nous distribuerons les armes par millions et ce sera un nouveau Vietnam", a-t-il martelé.

Assurant qu'il ne quitterait jamais le pays et qu'il ne pouvait abandonner le pouvoir, il a de nouveau accusé le réseau Al-Qaïda d'être à l'origine de l'insurrection et promis l'amnistie à ceux qui rendraient les armes, tout en assurant qu'il n'y avait "pas de manifestations en Libye".

Le numéro un libyen a également affirmé que la production pétrolière de son pays, qui détient les plus importantes réserves d'Afrique, était "au plus bas", et menacé de remplacer les entreprises occidentales par des sociétés chinoises et indiennes.

Sur le terrain, les forces libyennes, soutenues par des blindés et par de l'artillerie lourde, ont lancé une attaque à Brega, la localité la plus avancée contrôlée par les insurgés dans l'Est.

"Les troupes pro-Kadhafi sont arrivées à l'aube à Brega, elles ont pris les raffineries", a déclaré un témoin, faisant état, comme plusieurs autres, de "mercenaires tchadiens" parmi les forces pro-Kadhafi.

Un autre témoin a évoqué des combats intenses au port, où se trouve un terminal pétrolier.Un journaliste de l'AFP arrivé à Brega dans l'après-midi a entendu une forte explosion et vu un épais nuage de fumée s'élever près de l'université.

La ville était secouée par des tirs d'obus qui provoquaient des nuages de fumée et par des combats à l'arme lourde.Des responsables de l'opposition ont assuré qu'ils encerclaient des soldats fidèles au colonel Kadhafi à l'université et aux portes de la Sirte Oil Company (SOC).

"Leurs munitions s'épuisent.Ils tirent au hasard.Nous prendrons ces positions avant la nuit", a affirmé un combattant insurgé.

Un peu plus au nord, la région d'Ajdabiya a été touchée par des raids aériens qui n'ont pas fait de victime.

A Benghazi, un porte-parole a annoncé que l'ancien ministre de la Justice, Mustapha Mohamad Abdeljalil, allait présider le "Conseil national" de transition mis en place dans les villes contrôlées par les insurgés.

Sur le plan humanitaire, la situation a atteint un niveau de "crise" critique à la frontière entre la Libye et la Tunisie.Une foule s'étendait "sur des kilomètres et des kilomètres" pour quitter la Libye, selon le HCR.

Les organisations humanitaires et la communauté internationale ont engagé mercredi une course contre la montre et le chaos.La France et le Royaume-Uni ont annoncé l'envoi de plusieurs avions et d'un navire pour évacuer des milliers de personnes vers l'Egypte.Un premier vol était prévu dès mercredi.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l'ONU, a annoncé un plan d'aide alimentaire d'urgence de 38,7 millions de dollars (28 millions d'euros) pour 2,7 millions de personnes en Libye, en Egypte et en Tunisie.

Selon le porte-parole de la Ligue libyenne des droits de l'Homme, Ali Zeidan, les violences liées à la répression de l'insurrection ont fait 6.000 morts, dont 3.000 dans la seule ville de Tripoli.

Dans le même temps, deux navires de guerre américains, dont le porte-hélicoptères USS Kearsarge, ont franchi mercredi le canal de Suez pour rejoindre la Méditerranéenne et se positionner au large de la Libye.

 "Un navire comme le Kearsarge est capable de plusieurs types de mission", avait expliqué à l'AFP un responsable du Pentagone.Ce porte-hélicoptères, qui transporte des chalands de débarquement et 800 Marines, peut assurer un soutien à des opérations humanitaires ou militaires.

L'option d'une intervention militaire en Libye suscitait cependant de profondes divisions au sein de l'Otan, en raison des craintes de réaction dans le monde arabe, des réticences à voir l'alliance élargir son champ d'influence et de la complexité de l'opération.

Mais si Londres et Washington ont poussé en ce sens, "il n'y a pas de consensus au sein de l'Otan pour le recours à la force", a reconnu mardi le secrétaire américain à la Défense, Robert Gates.