Soudan du Sud: les combats continuent, négociations laborieuses

Par La rédaction

Juba (AFP)

Les forces pro-gouvernementales sud-soudanaises disaient continuer à avancer mardi sur la ville stratégique de Bor, tenue par les rebelles, alors que se poursuivaient à Addis Abeba de laborieux pourparlers en vue d'un cessez-le-feu dans le jeune pays désormais menacé par un risque d'épidémies.

Selon une source au sein du gouvernement sud-soudanais, l'annonce par l'armée de la reprise du contrôle de Bor, capitale de l'Etat du Jonglei (est), n'était plus "qu'une question d'heures".

Moses Ruai Lat, porte-parole de la rébellion menée par l'ex-vice président Riek Machar, a cependant immédiatement affirmé que le gouvernement ne se livrait qu'à un exercice de "propagande"."Nous n'avons aucun problème avec les zones que nous contrôlons", a-t-il dit à l'AFP.

Pendant ce temps, dans la capitale éthiopienne Addis Abeba, des délégations de la rébellion et du gouvernement de Juba ont brièvement discuté d'un cessez-le-feu et d'une éventuelle libération de prisonniers, les deux principaux points des pourparlers de paix entamés lundi.

"Ce matin, nous nous sommes rencontrés à neuf heures", a déclaré le ministre sud-soudanais de l'Information, Michael Makuei, ajoutant que la délégation gouvernementale avait présenté un document sur la mise en place d'un cessez-le-feu et l'autre sur une éventuelle libération de prisonniers proches de Riek Machar.

Les pourparlers promettent cependant du durer: selon M. Makuei, une partie de la délégation gouvernementale est déjà repartie à Juba, pour consulter le gouvernement avant la reprise de discussions en face-à-face."Il n'y aura pas de négociation directe avant qu'ils ne reviennent", a-t-il ajouté.

Cesser les affrontements fratricides

Le Soudan du Sud est ravagé depuis le 15 décembre par des combats entre armée et forces pro-Machar qui ont déjà fait des milliers de morts et près de 200.000 déplacés.Les bases de l'ONU dans le pays sont débordées par des dizaines de milliers de réfugiés qui cherchent sa protection.

Le conflit est alimenté par une vieille rivalité politique opposant le président Salva Kiir et son ex-vice président Machar, limogé en juillet.Le premier accuse le second de tentative de coup d'Etat.Riek Machar dément et accuse en retour Salva Kiir de chercher à éliminer ses rivaux.

Les deux camps sont accusés d'atrocités, notamment à caractère ethnique -- le conflit revêt aussi une dimension tribale, les Dinka de M. Kiir contre les Nuer de M. Machar.

Dénonçant une instabilité qui entrave l'aide humanitaire, Médecins sans frontières (MSF) a estimé mardi que "les plus vulnérables sont devenus encore plus vulnérables"."Nous ne savons pas ce qu'il va advenir des milliers de déplacés et de blessés à travers le pays", a poursuivi le chef de l'ONG au Soudan du Sud, Raphael Gorgeu, mettant en garde contre le risque de développement d'épidémies.

Les négociations de paix à Addis Abeba se déroulent sous l'égide de l'organisation intergouvernementale est-africaine Igad.Mais d'autres efforts internationaux de médiation sont en cours pour tenter d'éviter à la jeune Nation, indépendante du Soudan depuis seulement juillet 2011, de sombrer dans la guerre civile.

Lundi, le président soudanais Omer el-Béchir a fait un aller-retour à Juba pour plaider la cause de la paix.

Avant un accord de paix signé en 2005, qui avait ouvert la voix à la partition du Soudan six ans plus tard, Khartoum et une rébellion sudiste, aujourd'hui au pouvoir à Juba, se dont affrontés des décennnies dans une sanglante guerre civile.Des tensions demeurent entre les deux ex-ennemis, malgré de forts liens économiques, notamment dans le secteur pétrolier.

A l'occasion d'une visite à Addis Abeba, le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, a lui aussi affirmé lundi que son pays, important acteur du secteur pétrolier sud-soudanais, participait aux efforts de médiation.

Dans un entretien à l'AFP, l'une des figures religieuses l'archevêque episcopalien de Juba Mgr Daniel Deng Bul a appelé les négociateurs à Addis à trouver rapidement une issue à cette "guerre insensée".

"Nous avons été en guerre pendant 55 ans", a insisté Mgr Bul, rappelant les deux guerres civiles qui ont ravagé le pays avant la partition d'avec le Soudan en 2011."Il est temps, pour nos compatriotes de se reposer (�?�) pas de se faire tuer par leurs propres frères".