Sud-Soudan: le principal opposant accuse les dirigeants d'accaparer le pouvoir

6 avril 2011 à 8h03 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Le chef de l'opposition au Sud-Soudan, Lam Akol, accuse les autorités sudistes de refuser un partage du pouvoir et l'armée de provoquer des violences meurtrières depuis janvier, dans une interview à l'AFP.

Accusé en retour de fomenter des troubles dans cette région appelée à devenir indépendante en juillet, M. Akol, principal rival politique du président de la région semi-autonome du Sud-Soudan Salva Kiir, nie tout contact avec les groupes rebelles sudistes.

Installé dans son QG à Khartoum, cet ex-ministre des Affaires étrangères dont le mouvement est soutenu par le gouvernement nordiste du président Omar el-Béchir, accuse les autorités sudistes de ne pas respecter leurs engagements.

"Ils ne pensent pas qu'il devrait y avoir une période de transition, contrairement à l'accord convenu lors de la conférence du dialogue Sud-Sud.Ils n'ont jamais cru en un partage du pouvoir", a-t-il dit mardi."S'ils changent, nous sommes prêts à coopérer".

M. Akol a créé en 2009 le Mouvement populaire de libération du Soudan-Changement démocratique (SPLM-DC), unique parti d'opposition issu d'une scission avec le SPLM de M. Kiir, l'ex-rébellion qui a conclu en 2005 la paix avec le Nord après une guerre de plus de 20 ans (deux millions de morts).

Dans une tentative de calmer les tensions avant le référendum historique de janvier dernier lors duquel le Sud a voté dans son écrasante majorité pour la sécession, M. Kiir avait offert une amnistie aux rebelles et cherché à se réconcilier avec ses opposants politiques lors d'une conférence à Juba en octobre 2010.

Le SPLM avait alors affirmé qu'en cas de victoire de la sécession, il formerait un large gouvernement de transition et tiendrait des élections après l'indépendance.

"Le seul moyen pour avancer est que le gouvernement respecte ses résolutions issues du dialogue sud-sud et parle, en vue de la paix, avec quiconque porte des armes", a dit M. Akol.

Après le référendum, une vague de violences entre groupes rebelles et l'armée sudiste a éclaté dans au moins trois Etats du Sud-Soudan, faisant des centaines de morts, dont de nombreux civils, et assombrissant l'avenir.

Les combats ont poussé le secrétaire général du SPLM, Pagan Amum, à accuser Khartoum, ainsi que son allié présumé Akol, d'armer les insurgés en vue de déstabiliser le Sud, comme il l'avait fait durant la guerre civile.

M. Akol a affirmé qu'il ne connaissait pas Ulony, un leader rebelle qu'il est accusé de soutenir.

Il a en revanche soutenu que c'est l'armée sudiste qui a provoqué les violences en arguant que de hauts responsables militaires s'étaient sentis menacés par la processus de réconciliation.

"C'est le SPLM qui attaqué la base de (George) Athor dans l'Etat de Jonglei.C'est le SPLM qui a attaqué la base d'Ulony dans l'Etat du Haut Nil.C'est le SPLM qui a attaqué la base de (Bapiny Monytuel) Wijang dans l'Etat de l'Unité" a-t-il affirmé, en référence aux trois leaders rebelles.

"Ma propre analyse est que certains au sein de la SPLA (branche armée du SPLM) ne veulent pas que le processus de réconciliation suive son cours (...) Il y a des gens qui se sentent menacés par la réconciliation et craignent de perdre leurs positions", selon lui.

Lundi, le groupe d'analyses et de réflexion International Crisis Group (ICG) a exhorté le gouvernement à Juba, capitale du Sud-Soudan, à faire de la place à d'autres forces politiques et à réformer sa structure militaire pour éviter de devenir un régime autoritaire comme celui du Nord.

Alors que le référendum s'était déroulé de manière pacifique, les tensions entre Sud-Soudanais sont de plus en plus palpables à trois mois de l'indépendance prévue en juillet.

Dans la course au pouvoir, beaucoup d'habitants du Sud, qui compte plus de 60 ethnies ou groupes linguistiques, redoutent de voir leurs dirigeants s'entre-déchirer au détriment de la paix.