Tunisie-Europe, le rêve d�??un aller simple

14 février 2011 à 15h35 par La rédaction

Alors que les autorités italiennes s'inquiètent de voir débarquer sur les côtes de l'île de Lampadusa des milliers de migrants tunisiens, Pierre Henry, directeur général de France Terre d'Asile se veut rassurant et rappelle les raisons d'abord économiques de cet exode. La petite île de Lampedusa est située à environ 150 kilomètres des côtes tunisiennes. C'est sur ce bout d'Italie que 5 000 immigrants clandestins tunisiens ont accosté depuis ces derniers jours. Leur souhait : « être accueillis par l'Europe » pour y travailler, refaire leur vie ou tout simplement rejoindre une partie de leur famille déjà sur place. « Le souffle de liberté de la période post �?? Ben Ali porte en lui un besoin de mobilité. Ce que ces jeunes fuient, c'est avant tout la pauvreté», nous assure Pierre Henry.Le pays, malgré des richesses intérieures importantes et une économie notamment touristique florissante, connaît en effet un fort taux de chômage. Une des couches les plus touchées étant celle des jeunes diplômés. Ces richesses ont été détournées au fil des ans, confisquées par le réseau clanique mis en place sous le régime Ben Ali. « Les jeunes croient en cette période qui s'ouvre en Tunisie. Mais il y a une demande immédiate d'un meilleur quotidien. Il ne faut pas jouer à se faire peur. La demande de mobilité est là aujourd'hui comme elle était là hier ». Effectivement, une politique migratoire a déjà été décidée ces dernières années entre l'Union Européenne et les pays du Maghreb. Concernant la Tunisie et la France, par exemple, 1 500 jeunes tunisiens peuvent se rendre légalement dans l'Hexagone chaque année. Mais celle-ci est à revoir à l'aune des événements qui viennent de se dérouler. « Il y a une réflexion à avoir sur la politique des visas et la politique migratoire que la France et l'Europe entretiennent avec l'autre rive de la Méditerranée », mais, insiste Pierre Henry, « il nous faut également aider la transition démocratique en aidant à mettre en place des institutions. Aider économiquement le pays à redécoller ». Pour contrôler l'exode massif en train de se dessiner il faudrait donc intervenir à la fois sur les réglementations européennes en assouplissant les conditions et les quotas d'immigration mais aussi et surtout aider à une reconstruction rapide.« La difficulté c'est que tout cela s'inscrit dans un temps long alors que la demande est immédiate » s'inquiète Pierre Henry.Dans l'immédiat, « il faut aider l'Italie, cela est normal. Nous devons évaluer les besoins, accueillir, soigner et informer les personnes sur leurs droits. Il faut leur dire que le voyage est dangereux, que l'accueil en Europe n'est pas assuré ».Par Florence Mallégol et Matthieu Jean