Zimbabwe: autour des mares de Hwange, concentration d'éléphants et de chercheurs

24 novembre 2012 à 15h41 par La rédaction

PARC NATIONAL DE HWANGE (Zimbabwe) (AFP) - (AFP)

Dans le parc national de Hwange, où la saison des pluies se fait désirer, les rares points d'eau concentrent des troupeaux d'éléphants assoiffés mais aussi des chercheurs qui, au quotidien, scrutent le comportement des animaux et l'aridification de la savane.

"Les points d'eau, en saison sèche, structurent l'activité animale et les impacts sur le paysage", explique à l'AFP Hervé Fritz, responsable à Hwange d'une "zone-atelier" pluridisciplinaire du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français, après avoir garé son 4X4 au bord de l'un de ces précieux points d'eau.

Par troupeaux entiers, conduits chacun par la femelle la plus âgée du groupe, des pachydermes s'avancent vers la petite mare.Sans attendre la traditionnelle "heure des éléphants", en fin de journée, ils apparaissent en ce mois de novembre dès l'après-midi voire en fin de matinée.

La saison des pluies est en retard cette année et pratiquement seules les mares dotées d'une pompe - une soixantaine - ont un peu d'eau à offrir aux 35.000 éléphants et autres animaux (girafes, buffles, phacochères) peuplant cette aire protégée de 35.000 km2 au nord-ouest du Zimbabwe.

Lors de la saison des pluies, le parc compte des milliers de points d'eau naturels, permettant aux animaux de se répartir un peu partout.

Mais en période sèche, les animaux se retrouvent concentrés autour des points d'eau pompés, ce qui épuise rapidement arbres et herbes, base de leur nourriture.Et ce qui complique la vie des plus petits d'entre eux pour se faire une place afin de boire et manger.

"Alimentation, accès à l'eau ou risques de prédation sont tous concentrés dans l'espace autour de ces points focaux.Pour le chercheur, c'est vraiment riche" en possibilités d'observation, souligne Hervé Fritz.

 "Pièges photographiques"

L'écologue chapeaute depuis 1999 à Hwange un véritable laboratoire à ciel ouvert étudiant l'aridification et l'évolution de ce paysage typique de savane africaine abritant l'une des plus fortes densités d'éléphants au monde.

L'un des doctorants accueillis au sein de cette "zone-atelier", Hugo Valls, cherche ainsi à mieux comprendre les déplacements des grands herbivores de la savane en fonction de la disponibilité en eau.

Grimpant à l'occasion sur son 4X4 avec une antenne à la main, le jeune chercheur suit à la trace des buffles, zèbres et éléphants dotés de colliers GPS.Il utilise en parallèle des "pièges photographiques" autour des points d'eau pour en connaître l'évolution et le niveau de fréquentation animale.

D'autres études sont en cours pour observer les liens entre hyènes et lions autour des carcasses d'éléphants visibles dans le parc en saison sèche.

Autre chercheuse, autre approche: Florence Hulot, maître de conférences en écologie à l'université Paris-Sud, est venue étudier la qualité de l'eau des mares de Hwange et y détecter d'éventuelles pollutions.

"Beaucoup de travaux sont faits sur la faune sauvage, mais aucune étude n'a été faite sur la qualité de l'eau elle-même", souligne-t-elle, s'intéressant notamment aux éventuelles transmissions de pathogènes via ces points d'eau, entre animaux sauvages eux-mêmes et avec le bétail des villages alentour.

Des travaux croisés qui doivent permettre d'anticiper un conflit de plus en plus important autour des eaux de surface, alors que le changement climatique devrait qu'accroître l'aridification en cours, rappelle le CNRS.