Tunisie: le chef d'Ennahdha laissé en liberté après son audition pour "blanchiment d'argent"

AFRICA RADIO

11 novembre 2022 à 0h06 par AFP

Le chef du parti tunisien d'inspiration islamiste Ennahdha, Rached Ghannouchi, a été laissé en liberté à l'issue de son audition jeudi par un magistrat du tribunal de Sousse (est) dans le cadre d'une enquête pour "blanchiment d'argent" et "incitation à la violence".

Entendu pendant plus de 14 heures par un juge d'instruction, M. Ghannouchi, bête noire du président tunisien Kais Saied, reste cependant poursuivi dans cette affaire, a précisé à l'AFP son avocat Sami Triki. Le magistrat n'a pas fixé la date de sa prochaine audition, selon la même source. M. Ghannouchi, qui dirigeait le Parlement gelé en juillet 2021 avant sa dissolution fin mars par le président, avait déjà été interrogé en juillet dans le cadre d'une enquête ouverte dans cette affaire dite "Instalingo". D'autres membres d'Ennahdha sont aussi poursuivis par la justice pour des opérations financières présumées suspectes avec Instalingo, une entreprise de production de contenu numérique, accusée selon des médias locaux d'avoir mis en place des campagnes de diffamation contre de hauts responsables de l'Etat. La firme Instalingo, qui fait l'objet d'une enquête judiciaire depuis 2021, est soupçonnée de "comploter contre la sûreté de l'Etat" et d'"incitation à la violence". "C'est une fausse affaire qui vise à détourner l'intérêt de la société tunisienne des vrais problèmes" du pays, a déclaré à la presse M. Ghannouchi avant son audition. Il s'agit, selon lui, d'un "dossier (judiciaire) vide" et d'un "problème inventé". M. Ghannouchi, 81 ans, est un virulent critique du coup de force du président Saied qui s'est arrogé les pleins pouvoirs en juillet 2021. Il est aussi poursuivi dans une autre affaire dite de "l'expédition de jihadistes" vers des zones de conflits, au coeur du débat politique pendant des années et qui a refait surface récemment. D'autres responsables d'Ennahdha ont été entendus par le pôle antiterroriste de Tunis dans l'enquête sur l'envoi présumé de jihadistes en Syrie et en Irak. Le parti Ennahdha, pilier des gouvernements qui se sont succédé au pouvoir depuis 2011, est soupçonné par ses détracteurs et une partie de la classe politique d'avoir facilité le départ de ces jihadistes vers des zones de combats, ce que le mouvement dément catégoriquement. Début juillet, la justice a ordonné le gel des comptes bancaires tunisiens de M. Ghannouchi et d'une dizaine de membres de sa famille et de son parti. Le 27 juin, les autorités judiciaires lui ont aussi interdit de se rendre à l'étranger dans le cadre d'une autre enquête sur les assassinats en 2013 de deux dirigeants de gauche. Ennahdha et M. Ghannouchi ont rejeté ces accusations.