Burkina: arrestation d'un homme soupçonné d'avoir menacé de mort un célèbre journaliste

AFRICA RADIO

18 juillet 2022 à 16h36 par AFP

Un homme soupçonné d'avoir menacé de mort, dans un enregistrement audio relayé par les réseaux sociaux, un célèbre journaliste du Burkina Faso, Newton Ahmed Barry, a été interpellé, a annoncé lundi la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité (BCLCC).

En juin, le suspect, "un commerçant de 35 ans" a tenu "des propos diffamatoires et incitant à la violence sur la personne de Monsieur Newton Ahmed Barry ainsi qu'à la destruction de ses biens privés", indique la brigade dans un communiqué. L'enregistrement audio en langue mooré, d'abord publié dans un groupe Whatsapp, avait été relayé sur les réseaux sociaux. On etend une voix dire: "Il faut aller brûler son domicile, raser complètement sa maison, ramasser tous les débris de sable et laisser le terrain vide". Le journaliste est également traité de "terroriste" qui "ne mérite pas de vivre". Le suspect, "interpellé puis conduit dans les locaux de la BCLCC à la suite des investigations, a été soumis à une audition au cours de laquelle il reconnaît être l'auteur de l'audio et n'a pas mesuré sa portée lors de l'enregistrement", souligne le communiqué qui précise qu'il a été "conduit devant le Procureur du Faso pour répondre de ses actes". Les raisons pour lesquelles des menaces ont été proférées contre M. Barry ne sont pas précisées dans l'enregistrement audio. Mais M. Barry a déclaré à l'organisation internationale de défense des journalistes Committee to protect journalists (CPJ), qu'il "avait récemment fait part de son scepticisme quant à l'accord entre le gouvernement malien et une société russe de mercenaires (Wagner, ndlr) qui aurait été vu comme une provocation par les pro-Russes" dans la région, selon un communiqué du CPJ. Ancien rédacteur en chef du journal d'investigation L'Evènement, Newton Ahmed Barry a été un présentateur vedette de la télévision du Burkina Faso dans les années 80. Il en avait démissionné avec fracas au lendemain de l'assassinat en 1998 du journaliste d'investigation et directeur de publication de l'hebdomadaire l'Indépendant, Norbert Zongo et de trois de ses amis, dont les corps avaient été retrouvés criblés de balles et carbonisés dans leur véhicule dans le sud du Burkina. Très critique à l'encontre du régime de l'ancien président Blaise Compaoré (1987-2014), il avait été porté à la tête de la Commission électorale nationale indépendante (Ceni) après la chute de ce dernier en 2014. Alors qu'il avait la possibilité de briguer un second mandat, il avait annoncé son départ de la Ceni en 2021, reprenant dans la foulée ses critiques contre l'Etat dans des publications très suivies sur les réseaux sociaux.