Flagboii, l'irréductible manifestant contre les violences policières à Lagos

Par AFP

AFRICA RADIO

Impassible au milieu de la pollution et du vacarme des klaxons, Flagboii, debout sur une barrière d'autoroute, surplombe la circulation infernale de Lagos et agite calmement deux immenses drapeaux portés par le vent.

Sur l'un, les couleurs du Nigeria - vert, blanc, vert. Sur l'autre, un slogan marqué au feutre noir: #Endsars. Dans le pays le plus peuplé d'Afrique, ce hashtag est le nom d'un large mouvement de la jeunesse contre les violences policières, le plus important dans l'histoire moderne du Nigeria, qui avait été réprimé dans le sang en octobre 2020. Des milliers de jeunes étaient descendus dans les rues des grandes villes du sud du Nigeria pour dénoncer les brutalités de la SARS, une unité spéciale de la police accusée depuis des années de racket, d'arrestations illégales, de torture et même de meurtre. Le 12 octobre, une photographie de Flagboii, debout sur un cabanon de police et agitant ses drapeaux au milieu d'une foule à Lagos, fait le tour du monde. L'image est devenue l'emblème du mouvement et a rendu extrêmement populaire cet étudiant en mathématique de 25 ans, reconnaissable entre tous, grâce à son bob vert, ses lunettes de soleil à bordure blanche et son imperméable aux couleurs fluo. "C'était vraiment un hasard, que je me tienne à cet endroit", raconte à l'AFP Akinwunmi Ibrahim Adebanjo, le vrai nom de Flagboii, rencontré par l'AFP à la veille des commémorations des victimes de la répression. - "Qui a ordonné le massacre de Lekki ?" - "Personne ne m'a dit de me mettre à cet endroit, je l'ai juste vu et j'ai senti qu'il était de ma responsabilité d'y aller et de hisser un drapeau pour que les gens le voient et pour que cela nous donne l'énergie pour en faire davantage", se remmémore-t-il. Mais sa notoriété, Flagboii l'a surtout gagné une fois le mouvement terminé - juste après la répression sanglante d'un rassemblement au péage de Lekki, épicentre de la contestation à Lagos. Ce soir du 20 octobre 2020, l'armée et la police ont tiré sur des manifestants désarmés qui agitaient des drapeaux tuant au moins 10 personnes. Les jours qui suivent, alors que les manifestants traumatisés sont terrés chez eux, Flagboii continue d'arpenter les rues de Lagos, ses deux drapeaux flottant au vent. "Après la fusillade au péage de Lekki, les manifestations ont cessé. C'était comme si on avait conquis notre liberté et qu'ils recommençaient à nous punir. C'était tellement décevant", soupire-t-il. Sur son deuxième drapeau, il change l'inscription: "Qui a ordonné le massacre de Lekki" écrit alors l'activiste. Mais alors qu'il manifeste sur le péage de Lekki, il est menacé par des forces de sécurité, et rentre chez lui. Quelques mois plus tard, l'irréductible manifestant ressort ses drapeaux, et continue de manifester imperturbable sur les ronds points, les péages, et les grandes artères de Lagos. "Beaucoup de personnes sont mortes, peut-être suis-je celui qui leur a donné la motivation de sortir dans la rue", dit-il avec émotion. "Alors si plus personne ne marche, je dois continuer à manifester, jusqu'à ce que probablement ils fassent la même chose avec moi".