Afrique du Sud: 18 ans après l'apartheid, une école de piètre qualité pour la majorité

18 mai 2012 à 7h10 par La rédaction


PRETORIA (AFP) - (AFP)

La piètre qualité de l'enseignement en Afrique du Sud, dont la majorité noire continue de pâtir dix-huit ans après la fin de l'apartheid, a été sévèrement critiquée cette semaine devant la justice, qui a condamné le gouvernement pour le manque de manuels scolaires.

Saisie en référé par un lycée et une école primaire d'un district rural du Limpopo (nord) restés sans livres scolaires cinq mois après la rentrée, la Haute Cour de Pretoria a conclu jeudi à une violation de la Constitution, qui garantit notamment le droit à une éducation de base.

Le juge Jody Kollapen a donné au ministère de l'Education jusqu'au 15 juin pour fournir les livres et ordonné la mise en place d'un programme de rattrapage, un précédent dans les annales de la jeune démocratie sud-africaine.

Présente à l'audience mardi, Florence, la mère d'une élève de 6 ans scolarisée à Giyani a expliqué à l'AFP qu'il n'y avait "pas de manuels" et que les enfants "manquaient de papier" dans la classe de sa fille.

"Pour compter et faire par exemple 2x2=4, ils utilisent des cailloux qu'ils posent sur la table", a-t-elle dit.Comme beaucoup de parents présents, elle-même a juste le niveau baccalauréat, pas d'emploi et pour seul revenu, les 560 rands mensuels (52 euros environ) d'allocation familiale pour deux enfants.

L'avocate du ministère, Anna Granova, a eu beau expliquer qu'il s'agissait d'un "problème provincial" lié à des irrégularités de gestion au Limpopo, elle n'est pas parvenu à éviter une condamnation.

"Il manque 2 millions de rands, ils ont disparu", a-t-elle notamment déclaré, arguant aussi des efforts du gouvernement pour faire le ménage dans cette province placée sous tutelle de l'Etat juste avant Noël.

L'affaire avait été portée devant la justice par l'association Section 27, dont l'avocat Muzi Sikhakhane a amplement rappelé que les manuels auraient dû être commandés en décembre et que l'attention du gouvernement avait été très vite été attirée sur le problème, sans résultat.

"Quelle que soit la raison, le fait est que les manuels ne sont toujours pas là alors que les premiers examens approchent", a-t-il dit.

"C'est un comble de penser qu'après 17 ans de démocratie, il faille persuader le gouvernement qu'avoir un manuel scolaire est nécessaire pour apprendre", a-t-il ajouté, s'inquiétant pour l'avenir et parlant de "génocide intellectuel".

L'éducation fut l'une des principales revendications contre le régime raciste de l'apartheid qui a sacrifié des générations entières de Noirs sur les bancs d'une "école bantoue" de seconde zone.

La qualité de l'enseignement public qui scolarise la majorité de quelque 12 millions d'élèves sud-africains --4% vont dans le privé-- est également jugé cruciale pour résorber un chômage extrêmement élevé.

Mais de nombreux observateurs constatent que la bataille contre les inégalités scolaires créées sous l'apartheid est loin d'être gagnée.

"Le cas du Limpopo n'est pas isolé", remarque Lukhanyo Mangona, porte-parole de l'association Equal Education.

"Le problème du manque de manuels scolaires dure depuis des années.On ne peut pas quantifier le nombre d'écoles concernées, mais partout où l'on va, on entend ça", dit-il à l'AFP.

Le gouvernement envisage de centraliser les commandes de manuels ou de les faire imprimer par l'Etat."L'objectif est de garantir un manuel de chaque matière à chaque élève", a promis la ministre Angie Motshekga, alors que moins de la moitié des élèves (45%) a un manuel.

Selon Equal Education, les établissements pénalisés sont ceux des zones rurales ou des townships noires, où les familles n'arrivent déjà pas à s'en sortir.Elles ne payent rien mais les fournitures manquent, l'absentéisme des enseignants est élevé, il n'y a pas toujours de toilettes...

A Giyani, raconte Randzhu Bila, une autre maman, les enfants de la classe de sa fille de 11 ans "se partagent un manuel pour quatre"."Parfois elle a des devoirs mais n'a pas le livre car elle doit le laisser aux autres.Ils habitent loin, alors ce n'est pas évident".

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