Ambiance survoltée place Tahrir avant une annonce de Moubarak

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Près de 200.000 manifestants piaffaient d'impatience jeudi soir place Tahrir, au Caire, avant un discours attendu du président Hosni Moubarak que les rumeurs donnent partant.

Sur cette place devenue le symbole du mouvement de contestation déclenché le 25 janvier, les manifestants étaient au comble de l'excitation.

"Le peuple a fait tomber le régime!", scandaient-ils, au moment où circulaient des rumeurs sur une possible prise du pouvoir par l'armée.

"Le peuple et l'armée poursuivront le chemin!", "L'armée et le peuple sont unis", "A bas Moubarak", criaient-ils.

Un petit groupe scandait toutefois: "Civil, civil, pas militaire", en référence au régime espéré.

Au moins 200.000 manifestants étaient rassemblés dans une ambiance de fête sur ce rond-point au centre du Caire, d'après des photographes de l'AFP postés sur un balcon surplombant la place.

L'armée égyptienne a annoncé dans un communiqué qu'elle examinait les "mesures" nécessaires "pour préserver la nation" et "pour appuyer les demandes légitimes du peuple", mais aucun mouvement de troupe n'était enregistré aux abords de la place.

Les soldats se trouvant aux entrées de Tahrir n'ont pas bougé, de même que les chars déployés sur plusieurs accès de la place.

La foule continuait à affluer vers cette place devenue le symbole des manifestations réclamant, depuis plus de deux semaines, le départ immédiat de M. Moubarak.

"Je suis ici parce que je ne veux pas rater ce moment, le moment où il partira.Je suis surexcitée.Je pense que ce moment va nous changer", affirme Alia Mossallam, 29 ans.

Des militants circulaient parmi la foule en rappelant que la chute du président n'était que la "première de leurs revendications".

"Nous devons continuer de venir ici pour nous assurer que le prochain gouvernement n'oublie pas qu'il devra rendre des comptes", a indiqué Alia.

Sur un pont surplombant le Nil, de nombreuses voitures convergeaient vers la place, avec à leur bord des manifestants agitant des drapeaux et klaxonnant.

Le cybermilitant Wael Ghonim, devenu une icône de la contestation, a "tweeté": "Révolution 2.0: Mission accomplie".Ce jeune cadre de Google a passé 12 jours aux mains des redoutés services de sécurité d'Etat.

La CIA a jugé jeudi "fort probable" que le président Moubarak, dont les manifestants réclament depuis 16 jours le départ, quitte le pouvoir dans la soirée, a affirmé son directeur Leon Panetta lors d'une audition au Congrès.

L'agence a également avancé que le vice-président Omar Souleimane allait vraisemblablement remplacer M. Moubarak si ce dernier démissionnait.

Il n'était pas encore clair si l'annonce du président Moubarak mettra un terme au règne du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 1981.