Centrafrique:: un semblant de calme revient à Bangui

Par La rédaction

Bangui (AFP)

Un semblant de calme est revenu samedi à Bangui après quatre jours de violents affrontements mais des échanges de tirs étaient toujours signalés à la périphérie nord de la capitale centrafricaine.

"Les habitants fuient en direction de la colline pour se mettre à l'abri des tirs" échangés entre des soldats de la Minusca, la force de l'ONU, et les anti-balaka, ces miliciens majoritairement chrétiens qui avaient lancé la chasse aux musulmans au début de l'année, a indiqué un témoin.

Ces accrochages se déroulaient dans l'après-midi à Gobongo, un quartier situé à une dizaine de kilomètre au nord du centre de Bangui.

Dans le reste de la ville quadrillée par les forces nationales et internationales --françaises, européennes et onusiennes--, la tension restait palpable même si les armes, entendues jusque tard dans la nuit dans les quartiers nord, se sont tues.

Le bilan des affrontements de la nuit n'était pas connu.Les violences --les pires depuis fin août-- qui ont agité la capitale centrafricaine depuis mardi soir ont fait au moins 10 morts, dont un Casque bleu pakistanais, et de nombreux blessés. 

Point positif: les chauffeurs de taxis ont mis fin à leur grève.Ils protestaient contre la mort d'un des leurs, tué mercredi par des musulmans. Mais la reprise du travail ne sera que progressive faute de carburant, les stations-service étant fermées.

La plupart des Banguissois préféraient de toute façon rester chez eux.

"Tout le monde a peur des détonations, des crépitements, surtout que ça tire n'importe comment, n'importe où et n'importe quand", constatait le juriste Ernest Kangba."Tout s'arrête, on est cloitré et quand on veut relever la tête, ça repart!"

 

- Les liaisons aériennes perturbées -

 

"C'est devenu invivable, cette situation.On ne s'en sort pas malgré cette forte présence des forces internationales avec des moyens terrestres, aériens, etc.J'ai vraiment peur.Je ne souhaite même plus vivre à Bangui, ni à l'intérieur du pays", se désolait Tristan Kogbé, un informaticien banguissois.

Conséquence des récents événements: le trafic civil a été perturbé sur l'aéroport de la capitale, proche des quartiers les plus touchés par les affrontements.

Royal Air Maroc a décidé de suspendre ses vols en provenance de Casablanca en raison de la "situation d'instabilité" à Bangui.Ils devraient reprendre dès le "retour à la normale", a précisé la compagnie marocaine, l'une des rares à desservir la Centrafrique.

Celui-ci pourrait intervenir "dimanche ou lundi si la situation s'améliore", a-t-on précisé de source militaire française, insistant sur le fait que l'aéroport n'a pas été officiellement fermé.

En attendant, l'équipe centrafricaine de football, qui a disputé un match amical jeudi contre le Maroc à Marrakech -- et qu'elle a perdu 4 à 0 -- n'a pas pu rentrer au pays.  

Le ministre de la Défense Aristide Sokambi a par ailleurs exhorté les militaires à regagner leurs casernes, où ils sont censés être consignés depuis vendredi.

"Il a été constaté avec amertume que des hommes en armes et arborant la tenue militaire se livrent à de actes de barbarie sur la paisible population de Bangui", a déclaré le ministre à la radio, menaçant ses troupes de sanctions. 

Bangui, ravagée depuis plus d'un an par de terribles affrontements, exactions et pillages, avait retrouvé un semblant de normalité depuis plusieurs semaines avant que n'éclatent ces nouveaux affrontements.

En réaction à des meurtres attribués à des musulmans, des barricades ont été érigées par des individus se réclamant des anti-balaka dans les quartiers nord, puis jeudi dans le centre-ville, sur fond de contestation de plus en plus vive du gouvernement de transition et de la présidente Catherine Samba Panza, accusés notamment d'être incapables de ramener l'ordre à Bangui.

La présidente est en outre soupçonnée d'être impliquée dans la disparition de plusieurs millions de dollars en liquide donnés par le gouvernement angolais, ce qu'elle a démenti sans toutefois apporter d'explications.