Egypte: appels à manifester sur le modèle tunisien

Par La rédaction

LE CAIRE (AFP)

Plusieurs mouvements d'opposition appellent les Egyptiens, en particulier les jeunes, à manifester mardi, espérant que l'écho du soulèvement tunisien favorisera la mobilisation pour des réformes économiques et un changement politique en Egypte.

Ces manifestations attendues au Caire et en province sont les premières du genre en Egypte depuis la chute du président tunisien Zine El Abidine Ben Ali le 14 janvier, à la suite d'une révolte populaire.

L'idée a été lancée par le "Mouvement du 6 avril" et d'autres groupes pro-démocratie qui appellent à faire de mardi une "journée de révolte contre la torture, la pauvreté, la corruption et le chômage".

Cette initiative coïncide avec la très officielle "Journée de la police", un jour férié à l'occasion duquel les dirigeants multiplient depuis dimanche les éloges aux forces de l'ordre et les engagements à maintenir la stabilité.

Le ministère de l'Intérieur a déclaré qu'il ferait "preuve de fermeté contre quiconque agirait de manière illégale".

Dans un communiqué, Amnesty International a "appelé les autorités égyptiennes à ne pas réprimer les manifestations", alors que des militants de l'opposition ont déjà "été convoqués et menacés (...) d'emprisonnement s'ils maintenaient leur projet".

 Les organisateurs comptent sur l'effet d'entraînement des événements de Tunisie, très commentés notamment par les jeunes ayant accès aux réseaux sociaux sur internet.

Un groupe sur Facebook, dont l'emblème mêle les drapeaux tunisien et égyptien, avait récolté lundi en fin d'après-midi 87.000 signatures de personnes assurant être prêtes à manifester.

L'opposant Mohamed ElBaradei a exprimé sur sa page Facebook son soutien à "l'appel à manifester contre la répression" et a dénoncé "les menaces d'utiliser la force venant d'un régime qui tremble devant son peuple".

"Si les Tunisiens l'ont fait, les Egyptiens devraient y arriver", a également déclaré au magazine allemand Der Spiegel l'ancien directeur de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), interrogé sur une éventuelle contagion à l'Egypte de la "révolution du jasmin" tunisienne.

Dans un communiqué, son comité de soutien a affirmé que plusieurs de ses partisans avaient été convoqués par les services de sécurité.

Les manifestations ont reçu l'appui d'autres formations politiques, mais sur un mode relativement prudent.Les Frères musulmans, à la forte capacité de mobilisation, et le Wafd, premier parti d'opposition laïque, n'ont pas lancé d'appels formels à défiler, mais ont indiqué que leurs jeunes militants pourraient se joindre aux cortèges.

 L'Egypte connaît des difficultés économiques et un mécontentement social qui présentent de nombreuses similitudes avec la Tunisie de Ben Ali, réfugié en Arabie saoudite après 23 ans de règne.

Plusieurs immolations par le feu ont eu lieu ces derniers jours en Egypte, rappelant celle qui avait déclenché la révolte en Tunisie.

Sur le plan politique, le régime est dominé depuis près de trente ans par le président Hosni Moubarak, 82 ans, à la santé incertaine.Sa succession est au centre d'une sourde rivalité entre son fils Gamal, proche des milieux d'affaires, et la "vieille garde" du pouvoir.

Le pouvoir a démenti tout risque de contagion entre la Tunisie et l'Egypte, tout en laissant entendre que, pour calmer l'inquiétude sociale, il ne remettrait pas en cause les subventions aux produits de base.

Plusieurs analystes égyptiens ont aussi mis en exergue ces derniers jours les différences entre les deux pays, notamment le fait que le régime égyptien avait su ménager des marges d'expression pour les médias et l'opposition.

L'armée égyptienne, dont sont issus tous les présidents depuis 1952, est également jugée davantage loyale envers le pouvoir que l'armée tunisienne.