L'Afrique de l'Ouest maintient sa pression sur les juntes au Mali et en Bissau

3 mai 2012 à 22h16 par La rédaction


DAKAR (AFP) - (AFP)

Les chefs d'Etat ouest-africains ont maintenu leur pression sur les juntes militaires au Mali et en Guinée-Bissau, sans toutefois s'engager à envoyer immédiatement des forces sur place, lors d'un sommet jeudi à Dakar consacré aux crises qui déstabilisent ces deux pays et la région.

Au sujet du Mali, les chefs d'Etat de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) ont demandé à sa commission "de préparer la force en attente de la Cédéao en vue de son déploiement immédiat dès que le Mali en fera la demande", selon le communiqué final.

La commission devra toutefois d'abord "consulter les partenaires au développement, en vue du financement du déploiement" de cette force, est-il ajouté.

Lors d'un précédent sommet le 26 avril à Abidjan consacré aux deux mêmes crises, les chefs d'Etats avaient demandé à la commission de "commencer avec effet immédiat le déploiement de la force d'attente de la Cédéao" au Mali.

Le sommet de Dakar a par ailleurs "condamné avec fermeté les affrontements entre les différentes forces armées et déploré leur impact négatif sur la sécurité des populations".

Les forces armées sont appelées à "se consacrer aux missions régaliennes de défense du territoire", et "toute personne qui déstabilisera la transition, s'exposera aux sanctions", ajoute le texte final.

A Bamako, des militaires fidèles au président Amadou Toumani Touré (ATT) renversé le 22 mars par un coup d'Etat, ont vainement tenté lors de violents combats lundi et mardi de reprendre des positions tenues par les ex-putschistes qui, bien qu'ayant accepté de rendre le pouvoir aux civils, restent omniprésents.

Le coup d'Etat a profité à divers groupes armés (islamistes, rebelles Touareg, criminels) qui ont pris le contrôle du nord du pays.

Concernant la Guinée-Bissau, les chefs d'Etat ont "salué la libération du Premier ministre Carlos Gomes Junior et du président par intérim Raimundo Pereira", mais exigé la "libération de toutes les personnes encore illégalement détenues dans le pays" depuis le coup d'Etat militaire du 12 avril.

MM.Pereira et Gomes Junior avaient été arrêtés lors du coup d'Etat mené par le général Antonio Indjaï, chef d'état-major des armées, qui a interrompu le processus électoral en cours, Carlos Gomes Junior étant donné favori pour le second tour de la présidentielle, qui était prévu le 29 avril.Libérés le 27 avril et réfugiés à Abidjan, ils ont assisté au sommet de Dakar.

"Défiance des juntes"

Les chefs d'Etat ont confirmé leur décision prise le 26 avril à Abidjan "d'instaurer une transition de 12 mois".

"Pour diriger la transition, le sommet recommande que l'Assemblée nationale renouvelle son bureau et le nouveau président de l'Assemblée assurera la fonction de président par intérim, ensuite un Premier ministre de consensus sera désigné pour conduire un gouvernement de large ouverture", précise le communiqué.

Il ajoute que "le sommet recommande que le président intérimaire et le Premier ministre de transition ne seront pas candidats à la présidentielle".

La principale exigence de la junte militaire au pouvoir à Bissau est que Raimundo Pereira, ancien président de l'Assemblée nationale, n'assure plus la présidence par intérim qu'il avait prise constitutionnellement après la mort en janvier du président Malam Bacaï Sanha.

Concernant l'envoi d'une force ouest-africaine à Bissau, le sommet a décidé qu'elle "sera déployée pour garantir le retrait de la Misang (Mission angolaise) et assurer la sécurité de la transition".Il ne donne pas de délai, alors que le sommet d'Abidjan avait demandé l'envoi de cette force "avec effet immédiat".

Cette force doit remplacer les quelque 600 soldats angolais de la Misang présents en Guinée-Bissau depuis 2011, mission contestée par les auteurs du coup d'Etat, qui ont accusé les Angolais de servir le pouvoir de MM.Pereira et Gomes Junior.

Le sommet a aussi maintenu les sanctions diplomatiques, économiques et financières de la Cédéao décidées dimanche "jusqu'à l'application par les protagonistes des décisions prises par la Cédéao".

Dans son discours d'ouverture, le président en exercice de la Cédéao, le chef de l'Etat ivoirien Alassane Ouattara, avait dénoncé "l'attitude de défiance des deux juntes", et le président de la commission de la Cédéao, Désiré Kadré Ouédraogo, avait appelé l'Afrique de l'Ouest à "davantage de fermeté" dans les deux cas.