La France tente de renouer la confiance avec la Tunisie, après plusieurs bévues

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

Deux ministres français, Christine Lagarde (Economomie) et Laurent Wauquiez (Affaires européennes), ont tenté mardi à Tunis de rétablir la confiance entre les deux pays, ébranlée par plus d'un mois de bévues provoquées par la mauvaise évaluation de la révolution par Paris.

"La confiance entre la Tunisie et la France n'a pas été rompue", a assuré devant quelques journalistes Christine Lagarde, au début d'une visite de quelques heures, la première de membres du gouvernement français depuis la chute le 14 janvier de Zine El Abidine Ben Ali.

Elle a promis l'aide de la France pour la période de transition, "sans aucune ingérence".

Pour cette visite tout à la fois politique, diplomatique et économique, l'absence de la chef de la diplomatie française Michèle Alliot-Marie a été remarquée.Ses vacances controversées en Tunisie fin 2010 et son offre d'une coopération policière alors que la révolution avait débuté en font une ministre mal vue par les Tunisiens.

De récentes déclarations insultantes contre la presse du tout nouvel ambassadeur français, Boris Boillon, ont encore tendu les relations bilatérales, même si le diplomate a promis d'être plus poli à l'avenir.

 "On ne vient pas pour donner des leçons mais pour écouter quels sont leurs besoins", a souligné le ministre des Affaires européennes.Il a jugé nécessaire d'établir "un plan Marshall maintenant pour la Tunisie" et promis que Paris serait "le meilleur avocat" des Tunisiens au sein de l'Union européenne.

Christine Lagarde et Laurent Wauquiez ont eu au Palais de Carthage, près de Tunis, des entretiens avec le Premier ministre Mohammed Ghannouchi et plusieurs membres du gouvernement.Une visite d'une société pharmaceutique était aussi à leur programme.

Premier partenaire de la Tunisie qui fut son protectorat, la France aux relations très conciliantes avec le régime autocratique et corrompu de Ben Ali, a "sous-estimé les aspirations du peuple tunisien à la liberté", a reconnu en janvier le président français Nicolas Sarkozy.

Il s'agit maintenant pour la France de renverser la tendance et de soutenir le processus de transition tunisien, tout en conservant sa première place en matière économique.

"Il ne s'agit pas de faire de la surenchère de chiffres (mais) d'ajuster nos programmes, de les accélérer, de les développer si nécessaire", a observé Christine Lagarde."Le renouveau de la confiance est très important pour les entreprises françaises qui travaillent ou envisagent de travailler en Tunisie", a-t-elle fait valoir.

Au-delà du seul secteur touristique, quelque 1.250 filiales d'entreprises françaises sont physiquement présentes en Tunisie, employant plus de 110.000 personnes.

Interrogée par un journaliste tunisien pour savoir pourquoi ce déplacement ministériel était aussi tardif, survenant après plusieurs visites d'Américains et d'Européens, Christine Lagarde a répondu représenter avec Laurent Wauquiez une "avant-garde".D'autres ministres (Tourisme, Environnement, Commerce extérieur) ainsi que le patronat français doivent suivre, a-t-elle précisé.

La ministre française a aussi espéré que la Tunisie puisse maintenir "une croissance économique" permettant "de répondre à la soif de liberté et de démocratie du peuple tunisien".

Cette dernière déclaration survient alors que la France craint un exode massif de Tunisiens vers l'Europe."L'immigration illégale affaiblit la Tunisie", a mis en garde Laurent Wauquiez.