Le Burkina, stabilisateur hier, moins central aujourd'hui

Par La rédaction

Paris (AFP)

Petit pays pauvre coincé entre le Mali, la Côte d'Ivoire et le Niger, le Burkina Faso, secoué par une crise de régime, n'est plus considéré aujourd'hui par les experts comme un pays clé, même s'ils reconnaissent son rôle passé de stabilisateur en Afrique de l'Ouest.

"Le Burkina et Blaise Compaoré en particulier ont toujours joué un rôle de médiateur dans beaucoup de crises africaines", rappelle Philippe Hugon, spécialiste du continent, en citant notamment la Côte d'Ivoire.Mais aujourd'hui, ils ont quelque peu "perdu la main", comme dans le dossier malien récupéré par l'Algérie qui est devenue "médiateur principal", ajoute-t-il.

Les Burkinabè "sont sortis de la médiation malienne", confirme une source diplomatique française.

L'intervention sur le dossier ivoirien de Blaise Compaoré, qui a quitté son poste après 27 ans de pouvoir sous la pression de la rue et de l'opposition, a bénéficié à Alassane Ouattara, le président de la Côte d'Ivoire.L'ex-chef d'Etat a aussi beaucoup endossé au cours des dernières années le rôle d'intermédiaire dans des prises d'otages d'occidentaux au Sahel, grâce à un réseau de contacts dense.

En matière militaire, une déstabilisation du Burkina Faso, ancienne colonie française, n'aurait "pas d'impact" sur la lutte antiterroriste menée au Sahel, notamment par la France et dans une moindre mesure par les Etats-Unis, juge Eric Denécé, directeur du Centre français de recherche sur le renseignement CF2R.

Dans le cadre du nouveau dispositif militaire Barkhane (3.000 hommes répartis au Tchad, en Mauritanie, au Mali, au Niger et au Burkina Faso), établi depuis août dans la région du Sahel, la France dispose d'une centaine d'hommes des forces spéciales, dotés d'hélicoptères, sur le sol burkinabè.Actuellement, "il n'y a plus que quelques militaires" au Burkina Faso, la majorité des troupes qui y sont stationnées étant engagée dans de "grosses opérations" au Mali contre des jihadistes, selon une source diplomatique française.

 

- Travailler avec tous les acteurs -

"Si la France reste neutre comme il y a toutes les raisons de le croire, il y a peu de risque que les intérêts français soient visés", estime Eric Denécé.Aujourd'hui, le point d'ancrage français au Burkina n'est qu'un élément parmi d'autres.Il y a "des éléments des forces spéciales partout", avec le Niger devenu un peu une "plateforme centrale", note-t-il, en rappelant que Paris a choisi d'établir l'état-major de sa mission au Tchad.

"Le Burkina continue à avoir son rôle mais au regard du dispositif, le Mali et le Burkina ont plutôt connu un allègement et on a eu un recentrage sur le Niger et le Tchad", précise M. Denécé.

"Le Niger, le Tchad sont peut-être plus importants aujourd'hui", abonde Philippe Hugon."Si jamais il y avait une remise en cause du rôle du Burkina comme facteur dans le dispositif, il y a toujours une possibilité de repli dans d'autres zones", estime-t-il.

Au sein du gouvernement français, très discret depuis le début de la crise au Burkina à l'égard de son vieil allié Compaoré, le ton est aussi à la mesure et au profil bas.

Avant que le président annonce son retrait du pouvoir, le président français François Hollande a souhaité vendredi que Blaise Compaoré prenne "les bonnes décisions".

"La France veut contribuer à l'apaisement", s'est borné à souligner M. Hollande, qui avait encouragé dans une lettre début octobre son homologue burkinabè à continuer à agir sur un plan international plutôt que de chercher à prolonger encore son pouvoir dans son pays.

"On ne défait plus les gouvernements en Afrique", souligne un responsable français sous couvert d'anonymat."On s'appuie sur tous les acteurs.Le Burkina a eu un rôle de médiation (Côte d'Ivoire, Mali, Guinée), a rendu beaucoup de services à la région" et "on n'a aucune raison de ne pas continuer à travailler avec ce pays" si un nouveau pouvoir émerge légalement pour succéder à Blaise Compaoré, fait valoir ce responsable.