Libye: Kadhafi contre-attaque, Chavez s'entretient avec lui d'une mission internationale

3 mars 2011 à 7h25 par La rédaction

TRIPOLI (AFP)

Le colonel Mouammar Kadhafi a contre-attaqué mercredi, promettant des milliers de morts en cas d'intervention des Occidentaux en Libye et envoyant troupes et avions de chasse dans l'Est contrôlé par les insurgés.

Le président vénézuélien Hugo Chavez s'est entretenu avec Mouammar Kadhafi d'une proposition d'envoi d'une mission internationale de paix pour régler le conflit, a annoncé Caracas mercredi.

"Confirmons conversation du Commandant Chavez avec Kadhafi hier (mardi) sur proposition de Mission de paix pour la Libye", a écrit le ministre le ministre vénézuélien des Communications, Andres Izarra.dans un message déposé sur son compte Twitter, sans plus de détails.

Face à la contre-attaque de Kadhafi, l'opposition à Benghazi, centre névralgique de la révolte, a réclamé des frappes aériennes de l'ONU contre les mercenaires employés par le régime. Au 16e jour d'insurrection, la communauté internationale, soucieuse d'aider l'opposition mais consciente des conséquences néfastes d'une trop grande implication, avance ses pions, notamment militaires, après avoir adopté une série de sanctions économiques.

A Tripoli, le "guide de la révolution libyenne" est apparu devant une foule de partisans lors d'une cérémonie marquant le 34e anniversaire de l'établissement du "pouvoir des masses" en Libye.  "Des milliers de Libyens mourront en cas d'intervention de l'Amérique ou de l'Otan", a-t-il prévenu au cours d'un long discours. En outre, "nous ne pouvons pas permettre aux Américains ou à l'Occident d'intervenir en Libye.S'ils le font, ils doivent savoir qu'ils se jettent dans un enfer et une mer de sang pire que l'Irak ou l'Afghanistan (...).Nous distribuerons les armes par millions et ce sera un nouveau Vietnam", a-t-il martelé.

Assurant qu'il ne quitterait jamais le pays et qu'il ne pouvait abandonner le pouvoir, il a de nouveau accusé Al-Qaïda d'être à l'origine de l'insurrection et promis l'amnistie à ceux qui rendraient les armes, tout en assurant qu'il n'y avait "pas de manifestations en Libye". Il a également affirmé que la production pétrolière de son pays, qui détient les plus importantes réserves d'Afrique, était "au plus bas", et menacé de remplacer les entreprises occidentales par des sociétés de Chine et d'Inde.

Trois soldats néerlandais ont été faits prisonniers dimanche dernier par des hommes armés lors d'une opération d'évacuation de civils à Syrte, sur la côte nord du pays, a confirmé jeudi le ministère néerlandais de la Défense, à La Haye.Selon le quotidien populaire De Telegraaf, ils ont été capturé par des hommes armés du colonel Kadhafi alors qu'ils participaient à l'évacuation de deux civils, un Néerlandais et un autre Européen, menée en hélicoptère.

Sur le terrain, les forces libyennes, soutenues par des blindés et l'aviation, ont lancé une attaque à Brega, la localité la plus avancée contrôlée par les insurgés dans l'Est. Selon des témoins, des mercenaires arrivés à l'aube ont notamment tenté de reprendre les infrastructures pétrolières, mais l'opposition armée avait recouvré le contrôle de la majorité de la ville en fin de journée.

Un peu plus au nord, la région d'Ajdabiya a aussi été touchée par des raids aériens qui n'ont pas fait de victime.

Le porte-parole de l'insurrection, Abdelhafez Ghoqa, a appelé "les Nations unies (...) à lancer des frappes aériennes sur les positions des mercenaires". A Benghazi, il a en outre annoncé que l'ancien ministre de la Justice, Mustapha Mohamad Abdeljalil, allait présider le "Conseil national" de transition mis en place dans les villes contrôlées par les insurgés.

Selon la Ligue libyenne des droits de l'Homme, la répression a fait 6.000 morts, dont 3.000 à Tripoli et 2.000 à Benghazi - un bilan nettement plus important, dans cette dernière ville, que les 220 à 250 morts avancés par des sources hospitalières locales et le CICR.

Sur le plan humanitaire, la situation a atteint un niveau de "crise" à la frontière entre la Libye et la Tunisie.Une foule s'étendait "sur des kilomètres et des kilomètres" pour quitter la Libye, selon le HCR. Les organisations humanitaires et la communauté internationale ont engagé une course contre la montre et le chaos.La France et le Royaume-Uni ont annoncé l'envoi de plusieurs avions et d'un navire pour évacuer des milliers de personnes vers l'Egypte.

Le Programme alimentaire mondial (PAM), agence de l'ONU, a annoncé un plan d'aide alimentaire d'urgence de 28 millions d'euros pour 2,7 millions de personnes en Libye, en Egypte et en Tunisie.

Dans le même temps, deux navires de guerre américains, dont le porte-hélicoptères USS Kearsarge, ont rejoint la Méditerranée mercredi pour se positionner au large de la Libye.Ce porte-hélicoptères peut assurer un soutien soit à des opérations humanitaires soit militaires.

Une frégate britannique, le HMS Westminster, a quitté Gibraltar pour la Libye, avec à bord, en plus des hélicoptères et lance-missiles habituels, du matériel médical et des couvertures.

L'option d'une intervention militaire en Libye suscitait cependant de profondes divisions au sein de l'Otan, en raison des craintes de réaction dans le monde arabe, des réticences à voir l'alliance élargir son champ d'influence et de la complexité de l'opération.

La France a réitéré son opposition.Les Etats-Unis sont encore "loin d'une décision" sur l'opportunité d'une zone d'exclusion aérienne en Libye, a déclaré la secrétaire d'Etat Hillary Clinton.

La Ligue arabe a cependant indiqué mercredi qu'elle pourrait soutenir la mise en place d'une telle zone, visant à empêcher des frappes aériennes contre des civils, bien qu'elle reste opposée à une intervention militaire.

L'idée d'une zone d'exclusion aérienne au-dessus de la Libye "circule" au Conseil de sécurité mais aucune demande officielle pour un débat à ce sujet n'a été faite, a indiqué mercredi l'ambassadeur chinois à l'ONU, président en exercice du Conseil.

Le président afghan Hamid Karzaï a mis en garde contre une intervention militaire internationale, jugeant qu'elle provoquerait "davantage de souffrances".