Madagascar a de nouveau un président élu, le régime sortant vainqueur

Par La rédaction

Antananarivo (AFP)

Hery Rajaonarimampianina, soutenu par l'homme fort du régime de transition Andry Rajoelina, est officiellement le nouveau président malgache depuis vendredi, premier chef d'Etat élu depuis le coup de force de 2009 qui avait isolé l'île de la communauté internationale.

M. Rajaonarimampianina, 55 ans, ancien ministre des Finances du régime installé début 2009 par le jeune maire d'Antananarivo, a été "déclaré officiellement président de la République de Madagascar" par le président de la cour électorale spéciale (CES), François Rakotozafy, qui a rejeté la requête en annulation déposée par le candidat battu.

Le nouveau président a recueilli 53,49% des voix lors du second tour tenu dans le calme en décembre.Le taux de participation a été de 50,72%.

Robinson Jean Louis, le candidat adoubé par l'ancien président déchu Marc Ravalomanana, toujours en exil en Afrique du Sud, a remporté 46,51% des voix. 

Il avait parlé de "fraudes massives" et contesté notamment la liste électorale utilisée, tandis que les observateurs ont jugé le scrutin libre et crédible.La CES a tenté de crever l'abcès en organisant mardi une confrontation à huis clos entre les avocats des deux camps.

Sur le plan institutionnel, Madagascar pourrait connaître un scénario "à la Poutine", le président sortant devenant Premier ministre et gardant l'essentiel du pouvoir.

Le camp Rajoelina est en effet en position de le nommer Premier ministre après avoir emporté la majorité relative à l'assemblée nationale selon des résultats provisoires.

M. Rajoelina a été empêché de se présenter à la présidentielle, sous la pression de la communauté internationale qui craignait des troubles.Il avait choisi de soutenir l'un des deux candidats qualifiés pour le deuxième tour.

Enlisée dans une crise politique majeure depuis cinq ans, l'île reste travaillée par de vives tensions, qui se sont encore récemment exprimées lors de heurts avec la police dans un campus universitaire qui ont fait un mort la semaine dernière.

Crise politique majeure depuis cinq ans

 

Les défis qui attendent le nouveau président sont immenses, à commencer par la stabilisation politique, clé d'un redémarrage du tourisme (15% du PIB actuellement) et de la concrétisation de projets de prospection pétrolière et minière.

Madagascar, qui avait connu une croissance enviable sous l'ère Ravalomanana --c'était avant la crise financière mondiale-- a fait marche arrière dans de nombreux domaines.

Depuis 2009, le pays s'est retrouvé au ban des nations, les investisseurs ont déserté et l'aide internationale s'est tarie, provoquant une grave crise économique et un appauvrissement général de la population.

Sept enfants sur dix ne finissent pas l'école primaire.La pauvreté pousse de nombreux habitants dans la mendicité et la petite criminalité est en hausse, vols, agression se multipliant y compris dans les zones touristiques.

Frappé par une invasion de criquets sans précédent en 2013, qui s'est ajouté aux traditionnels épisodes de sécheresse et destructions liés aux cyclones, quatre millions d'habitants sur 22 sont en insécurité alimentaire, selon le Programme alimentaire mondial (PAM).

La déforestation de l'île a favorisé une épidémie de peste qui a fait 75 morts à la fin de l'année 2013.

La grande inconnue tient aussi à l'attitude de l'ancien président Ravalomanana, également empêcher de se présenter à l'élection par la communauté internationale.Sa femme Lalao est depuis 2013 de retour à Madagascar, très active politiquement, alors que lui-même est toujours interdit de séjour sur l'île.

Discret ministre des Finances et du Budget, M. Rajaonarimampianina a su gérer tant bien que mal les finances publiques d'un pays privé d'aide internationale.Même si son implication dans le régime qui a dirigé l'île pendant plus de quatre ans lui vaut d'être soupçonné par ses adversaires d'avoir couvert certains trafics illégaux.