Nigeria: un gouverneur de l'opposition se lance dans la course à la présidentielle

28 septembre 2017 à 16h56 par La rédaction

Abuja (AFP)

Un des leaders de l'opposition nigériane a annoncé jeudi son intention d'être candidat à l'élection présidentielle de 2019, devenant le premier à se lancer ouvertement dans la course à la magistrature suprême, pendant que son ministre local des Finances était arrêté pour corruption.

Peter Ayodele Fayose, gouverneur de l'Etat d'Ekiti, dans le sud-ouest du Nigeria, a formellement lancé sa candidature pour être le candidat du Parti démocrate populaire (PDP), dans un hôtel d'Abuja.

"Je veux vous informer formellement que je vais chercher à concourir à l'élection présidentielle (...).Je suis convaincu que, avec votre soutien en tant que cadres du parti et militants, je vais vaincre le président sortant (...) lors d'une élection libre et équitable", le 16 février 2019, a-t-il déclaré dans un discours.

Ce politicien de 56 ans est l'un des critiques les plus acerbes du président Muhammadu Buhari et de son parti, le All Progressives Congress (APC).

Alors qu'il faisait son annonce à Abuja jeudi, la Commission des crimes économiques et financiers (EFCC) procédait à l'arrestation de son ministre local des Finances, Chief Toyin Ojo, selon le conseiller en communication de l'Etat d'Ekiti, Lere Olayinka.

"Peur de la candidature présidentielle du gouverneur Fayose?", s'interrogeait Lere Olayinka sur son compte Twitter."L'EFCC s'est rendue dans l'Ekiti aujourd'hui et a arrêté le ministre local des Finances...".

Le président Buhari, qui a fait de la lutte anti-corruption l'une des priorités de son mandat, est régulièrement sous le feu des critiques pour ne viser que des membres de l'opposition et de l'ancienne administration de son prédécesseur Goodluck Jonathan.

Le PDP, qui selon M. Buhari a laissé des caisses de l'Etat "virtuellement vide", est aujourd'hui très affaibli et extrêmement divisé.

Le gouverneur Fayose aura d'ailleurs fort à faire pour s'imposer au sein du PDP, son parti ayant annoncé préalablement qu'il choisirait son candidat parmi les représentants de la communauté musulmane du Nord.

En mai 2016, Peter Ayodele Fayose avait déclaré la "guerre" aux éleveurs nomades - pour la plupart, des musulmans originaires du Nord, comme M. Buhari- après de violents affrontements avec des agriculteurs majoritairement chrétiens dans la région d'Ekiti.

De nombreux députés "nordistes" du PDP avaient quitté le parti avant les élections de 2015 parce que le président Goodluck Jonathan avait renié son engagement de ne pas se présenter pour un nouveau mandat, au profit d'un candidat du Nord. 

Aucun candidat évident du Nord n'a encore émergé mais il y a beaucoup de spéculations autour d'un possible ralliement au PDP de l'ancien vice-président Atiku Abubakar, originaire du nord-est, actuellement membre de l'APC, et plusieurs fois candidat à la présidentielle.

Pour l'un des partisans de Fayose, l'ancien ministre de l'aviation, Femi Fani-Kayode, la région d'origine du candidat ne devrait pas être un critère de sélection pour le parti.

"Si personne du Nord n'a émergé (...), sommes-nous censés attendre?Je crois qu'il (Fayose) a fait la bonne chose au bon moment pour commencer le processus et qu'il fera un excellent président", a-t-il jugé.

Fayose a exhorté Buhari à démissionner à plusieurs reprises, dénonçant ses longs séjours à l'étranger pour une maladie jamais révélée au grand public.

Muhammadu Buhari, 74 ans, a passé près de six mois à Londres depuis le début de l'année (entre janvier et mars et entre mai et août) pour des raisons de santé.