Obama et l'ONU s'alarment de l'intensification des combats au Soudan

Par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Les Nations Unies et les Etats-Unis se sont alarmés mercredi de l'intensification des combats au Soudan qui menacent les accords de paix ayant mis fin à la guerre civile, à trois semaines de l'indépendance du Sud semi-autonome.

"L'heure est venue pour les dirigeants soudanais, du Nord comme du Sud, de choisir la paix" car "il n'y a pas de solution militaire" a déclaré le président américain Barack Obama dans un message enregistré pour la radio publique américaine à destination de l'étranger Voice of America (VOA).

"Les leaders du Soudan et du Sud-Soudan doivent être à la hauteur de leurs responsabilités.Le gouvernement du Soudan doit prévenir toute nouvelle escalade de ce conflit en cessant immédiatement ses actions militaires, y compris les bombardements aériens, les déplacements forcés (de populations) et les mesures d'intimidation", a-t-il déclaré.

Mardi, Washington avait déjà menacé le gouvernement soudanais d'interrompre le processus de "normalisation" si "l'escalade" de la violence se poursuivait au Kordofan-Sud.

Cette province du nord est en proie depuis le 5 juin à des affrontements entre les forces armées (SAF, nordistes) du pouvoir central à Khartoum aidées de milices progouvernementales, et des forces liées aux sudistes de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA).

Cet Etat, le seul pétrolier du nord du pays, a été un champ de bataille pendant la guerre civile entre le Nord et le Sud (1983-2005).

Les Nations Unies ont de leur côté déclaré que les combats dans cet Etat affectaient "un grand nombre" des quelque 1,4 million d'habitants présents dans onze zones de conflit, et que la peur progressait parmi les quelque 60.000 personnes qui ont dû fuir leurs habitations.

"Un sentiment de panique gagne de plus en plus certaines populations déplacées, se retrouvent piégées par la violence et les lignes de clivage ethniques", indique le bureau des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) dans son dernier rapport.

Nord et Sud Soudan se disputent par ailleurs militairement l'enclave d'Abyei, à la lisière du Sud et du Nord, où plus de 100.000 personnes ont fui les combats à Abyei survenus ces dernières semaines.

Ces violences font craindre une reprise de la guerre à grande échelle, après la signature d'un accord de paix en 2005, à presque trois semaines de la déclaration formelle d'indépendance du Sud-Soudan le 9 juillet.

Sur le plan économique, Khartoum a menacé de priver le Sud-Soudan de l'utilisation de ses infrastructures pétrolières si un accord sur ce point n'était pas conclu avant la sécession.

Le Sud-Soudan produit environ les trois quarts des 470.000 barils par jour du Soudan, mais l'industrie pétrolière a toujours été gérée par le Nord où se trouvent toutes les infrastructures importantes.

Des responsables locaux sud-soudanais ont par ailleurs fait état de près d'une centaine de personnes tuées au cours de la semaine écoulée au Sud Soudan, dans des affrontements entre voleurs de bétail et des attaques de rebelles.

Dans l'Etat de Warrap, 29 personnes ont été tuées après une attaque menée lundi par le groupe rebelle de Peter Gadet, ancien général des forces sudistes devenu commandant de milice.

En outre, au moins 71 personnes ont été tuées dans des combats la semaine dernière entre voleurs de bétail lourdement armés dans l'Etat des Lacs.Les affrontements pour du bétail sont communs à la frontière entre le Sud-Soudan et le Nord du Kenya où les éleveurs sont souvent armés.

Selon l'ONU, plus de 1.500 personnes ont été tuées dans les violences à travers le Sud-Soudan depuis le référendum pour l'indépendance en janvier.