PRESIDENTIELLE 2012 : François Bayrou, le quatrième homme en embuscade

Par La rédaction

Il est persuadé que « cette fois sera la bonne ». A 60 ans, François Bayrou espère accéder enfin, à la faveur d'une crise d'une ampleur inégalée, au Palais de l'Elysée. Et les sondages ont de quoi lui donner le sourire�?� A moins de 100 jours de l'élection, il progresse dans les intentions de vote du premier tour, s'établissant entre 12 et 14%. Certes, il est encore loin du trio de tête composé de François Hollande, Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen, mais la campagne est loin d'être finie�?� Et le candidat du Modem peut s'enorgueillir d'être en tête des enquêtes de popularité, à égalité avec le socialiste Hollande. En 2007 déjà, François Bayrou avait créé la surprise en obtenant 18,6 % des votes au premier tour, contre moins de 7% en 2002. Cet excellent score ne lui avait pourtant pas permis d'accéder au second tour. Aujourd'hui, le contexte économique semble lui être favorable. En pleine crise de la dette et alors que la France vient de perdre son triple A, lui qui a toujours insisté sur la priorité à donner au désendettement de notre pays et à la lutte contre les déficits publics est plus que jamais crédible aux yeux des électeurs. Il y a cinq ans, la principale force du Béarnais était d'avoir réussi à grignoter des voix de chaque côté de l'échiquier politique, en se présentant comme « anti-système ». Un phénomène qui continue à opérer, comme l'a expliqué au Monde Brice Teinturier, le directeur général délégué d'Ipsos. D'après lui, le candidat centriste profite de «la déception vis-à-vis des deux favoris». Une déception accentuée par un début de campagne caricatural entre l'UMP et le PS. Il inquiète à droite comme à gauchePour atteindre le second tour, Bayrou cherche à prendre des voix à l'extrême droite, en dénonçant "la corruption", "les privilèges" et en se disant le défenseur des "sans-voix". Inquiète de sa progression, Marine Le Pen vient de décider, après une discussion avec l'un de ses porte-parole, de s'intéresser à ce « quatrième homme ». La présidente du FN et ses lieutenants se sont mis à l'attaquer, « à titre préventif », afin de « ne pas le laisser occuper le créneau du ni droite ni gauche ». François Hollande a également recommandé à ses troupes de pointer les faiblesses de ce nouveau rival. Quelques heures après en avoir reçu la consigne, les fidèles ont ouvert le feu sur le centriste, le qualifiant de « prince de l'équivoque », d' « illusion électorale » ou de « champion de la confusion ». Alors, faut-il s'attendre à un match à quatre le 22 avril, entre Sarkozy, Hollande, Le Pen et Bayrou ? Certains tremblent même à l'idée d'un "scénario fou" avec un second tour Bayrou-Le Pen. Le principal intéressé, en tous cas, croit plus que jamais en ses chances de « renverser le système » : « En 2007, ce qui l'a emporté au bout du compte, c'est le remords du 21 avril 2002 », explique t-il dans un entretien au Figaro Magazine. « Peut-être aussi n'étais-je pas tout à fait prêt et les Français non plus. Aujourd'hui, ils le sont et je le suis aussi. Notre pays est prêt à faire ce grand choix. Je le crois et je le sais". Clémence MORTIERDeux questions à Alain Dolium, responsable des questions de développement et d'innovations économiques au sein du Mouvement Démocrate.Qu'est-ce qui fait de François Bayrou un candidat à part, selon vous ?C'est un candidat à part pour deux raisons. La première, c'est que dès 2007, il a exposé les problèmes de notre pays : la dette, le poids du déficit, et de manière générale l'absence d'un destin commun. La seconde raison est liée à sa personnalité : il ne fait pas appel aux mauvais instincts des gens, au contraire, il respecte l'intelligence et la personnalité des gens en tant que citoyens. C'est un des rares candidats à proposer un message universel�?�Qu'est-ce qui, chez lui, peut séduire les Africains de France ?Ce qui me plaît à moi, Afro-Français [Alain Dolium est d'origine ultra-marine], c'est que François Bayrou n'est pas dans un discours catégoriel. Il ne compartimente pas la France, mais parle d'un destin commun. Enfin, il respecte les multiples héritages culturels de chacun, et ça je trouve que c'est très important. Propos recueillis par C.M.