Remaniement : Alain Juppé pourra-t-il redonner une voix à la France ? *

Par La rédaction

Lors de son discours du 27 Février, le président Nicolas Sarkozy est revenu sur les événements qui ont secoué le monde arabe ces dernières semaines. Pour faire face à cette situation nouvelle il a également annoncé un remaniement des ministères régaliens. Exit Michèle Alliot-Marie qui est remplacée par Alain Juppé. Out également Brice Hortefeux et bienvenue Messieurs Longuet et Guéant respectivement à la défense et à l'intérieur. La France aphoneC'est souvent à l'aune de grands événements ou de grandes crises que se dévoilent les situations jusque-là enfouies, connues des seuls experts et hautes sphères. Après les attentats du World Trade Center, le monde découvrait la nébuleuse terroriste Al-Qaïda et son « chef » présumé Oussama Ben Laden. Pendant la crise financière de 2008, le public a pris connaissance des dessous de la finance internationale ; bonus hors normes des traders, utilisation décomplexée des paradis fiscaux par certaines grandes entreprises mais aussi arnaques de très haut vol basées sur la « pyramide de Ponzi » à l'instar de celle du désormais célèbre Bernard Madoff. Il en est de même aujourd'hui avec les révoltes des pays arabes. S'il n'y avait pas eu la crise tunisienne et le départ de Ben Ali, personne n'aurait rien su des accointances entre l'ex-ministre des affaires étrangères et certains proches du clan de Carthage. Le voyage en avion, les affaires des parents de la ministre, le coup de fil à Ben Ali. Tout cela n'aurait même pas rempli une case des confidentielles du « Canard Enchaîné ». Personne n'aurait rien su des déplacements aux frais de l'Egypte du Premier Ministre. Personne n'aurait rien su des insuffisances de l'ancien ambassadeur français en Tunisie, Pierre M�?NAT. Enfin, personne n'aurait pris conscience de l'étiolement régulier depuis des années de la présence diplomatique française sur la scène internationale. Personne ? Pas tout à fait quand même. Car si souvent le grand public va de découvertes en découvertes quand la mer baisse et que les cailloux honteux de la "real politik" font leur apparition, ce n'est pas le cas des initiés. Ils sont en effet nombreux à avoir joué les Cassandres ces derniers temps. Prédisant au train des affaires étrangères françaises un mur qu'il ne saurait éviter. Des analyses ignoréesIl y a d'abord [cette note->http://fr.news.yahoo.com/69/20110226/img/pph-moyen-orient-la-note-qu-4c51f25ad07f.html] du centre d'Analyse et de Prévision du MAE émanant du très sérieux Olivier Roy. Il y rappelle rapidement la position de la France face à la démocratisation du Moyen Orient soutenue par Washington. Cette position qui peut s'étendre au monde arabe en général était basée sur le triptyque : lutte contre l'Islam radicale, principe de non-ingérence et hostilité des opinions publiques à l'égard de l'occident. Mais il pourfend cette vue limitée et appelle à la modernisation des concepts. Premièrement les régimes autoritaires sont un obstacle au développement du fait de la corruption des élites. Ensuite les islamistes ne sont pas le bloc hermétique et radical fantasmé par les dirigeants français. Enfin les peuples sont en attente de démocratie même s'ils rejettent l'idée d'une démocratisation forcée et importée de l'extérieur. Plus proche de nous, [cet appel->http://www.lemonde.fr/idees/article/2010/07/06/cessez-d-affaiblir-le-quai-d-orsay_1383828_3232.html] de deux anciens ministres des affaires étrangères Alain Juppé et Hubert Védrine dans une tribune parue dans « le Monde » du 08 Juillet 2010. Sous le titre évocateur : « Cessez d'affaiblir le Quai d'Orsay ! » ils s'inquiètent « des conséquences pour la France d'un affaiblissement sans précédent de ses réseaux diplomatiques et culturels. » Dénonçant des moyens toujours plus faibles dus à des coupes budgétaires en moyenne supérieures à celles pratiquées dans les autres ministères et à un taux de renouvellement des fonctionnaires plus faible que dans les autres secteurs du gouvernement, ils prédisent une cassure de l'instrument diplomatique. « Il faut, disent-ils, adapter l'appareil diplomatique [...] mais cesser de l'affaiblir au point de le rendre d'ici à quelques années incapable de remplir ses missions, pourtant essentielles. » La voix de la France« L'Histoire est en marche et la France est en panne », c'est par ces durs mots que le journaliste Edwy Plenel réagissait la semaine dernière au « rendez-vous raté de la France avec l'Histoire. » Le collectif «Marly», groupe composé de diplomates français, déclare lui que « la voix de la France a disparu dans le monde ». Il rappelle « l'échec cuisant » de l'Union pour la Méditerranée et celui du sommet de Copenhague, la tension actuelle avec le Mexique, la politique au Moyen-Orient devenue illisible. Et conclut qu'« il est grand temps de réagir ».Au milieu de cette crise diplomatique française qui plonge ses racines, on l'a vu, bien avant l'embrasement du Maghreb, les écarts de Michelle-Alliot Marie ont été fatale à la ministre et au gouvernement qui ne peut plus cacher ses incompétences internationales. La reprise en main du Quai d'Orsay par Alain Juppé, un ancien ministre des affaires étrangères chevronné, sera-t-elle salutaire ? Celui-ci a en tout cas lancé un premier signe en imposant comme corollaire à sa prise de fonction le départ de Claude Guéant qui s'occupait, secret de polichinelle, des affaires étrangères depuis le début de la présidence Sarkozy. Matthieu Jean*Référence à l'article du Monde : [« La voix de la France a disparu dans le monde »->http://www.lemonde.fr/idees/article/2011/02/22/on-ne-s-improvise-pas-diplomate_1483517_3232.html]