Somalie: les shebab attaquent les services de renseignement

31 août 2014 à 12h07 par La rédaction

Mogadiscio (AFP)

Les insurgés islamistes somaliens ont attaqué dimanche le quartier général et une prison des services somaliens de renseignement dans le centre de Mogadiscio avant que la police ne mette fin à l'assaut en tuant sept shebab.

Trois membres des forces de sécurité et un civil ont également été tués, a indiqué aux journalistes un porte-parole du ministère de l'Intérieur.

L'opération de guérilla survient au lendemain de l'annonce par les forces de l'Union africaine en Somalie (Amisom) de la reconquête de la localité de Bulomarer, un bastion des shebab dans le sud du pays, dans le cadre d'une nouvelle offensive menée avec les forces somaliennes, baptisée opération "Océan indien".

Hasard du calendrier ou calcul politique, l'attaque de dimanche contre les renseignements somaliens intervient après une réunion la semaine dernière à Nairobi des chefs des services de renseignements de pays africains, qui ont préparé une conférence de l'Union africaine s'ouvrant mardi dans la capitale kenyane, précisément consacrée à la lutte contre le jihadisme africain, dont les shebab sont l'un des groupes les plus actifs.

Selon la police et des témoins, l'attaque de dimanche a été marquée par l'explosion d'une voiture piégée devant le Centre national des renseignements suivie par un raid d'hommes portant des uniformes de l'armée somalienne.

-Un shebab saute avec la voiture-

"Il y avait sept assaillants.L'un d'entre eux a sauté avec la voiture tandis que les six autres ont été tués par les forces de sécurité", a précisé le porte-parole du ministère de l'Intérieur.

"L'attaque est maintenant terminée et les assaillants ont échoué à atteindre leur but, qui était d'interrompre l'opération +Océan Indien+", a-t-il ajouté.

Un porte-parole des shebab, Abdulaziz Abu Musab, a confirmé que des insurgés islamistes avaient mené l'attaque de ce qu'il a qualifié de "centre de torture".

"Nous avons tué 15 soldats qui étaient entraînés par les Occidentaux à la torture de prisonniers.Certains prisonniers se sont échappés", a-t-il dit.

Les bâtiments des services de renseignement, qui abritent une prison de haute sécurité, sont situés près de la Villa Somalia, le vaste complexe fortifié dans lequel se trouve le palais du président Hassan Sheikh Mohamud.

Les shebab, qui ont perdu une série de villes reconquises par la force de l'Union africaine (Amisom), continuent à s'en prendre à des cibles gouvernementales et aux forces de sécurité, même si les autorités affirment être en train de gagner la guerre avec le soutien de l'Amisom, forte de 22.000 hommes.

La Villa Somalia avait ainsi fait l'objet d'une attaque similaire à celle de dimanche en juillet dernier.Les shebab avaient mené un assaut contre le palais présidentiel, pénétrant à l'intérieur avant de se faire exploser.

Le palais avait également été attaqué en février et le groupe armé avait lancé une opération du même genre contre le parlement en mai.

L'Amisom avait annoncé samedi avoir "libéré" Bulomarer, située à quelque 160 km à l'ouest de  Mogadiscio.Cette localité était une base importante des shebab.Une opération militaire française le 11 janvier 2013 avait échoué à libérer Denis Allex, un agent de la direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)envoyé en Somalie pour entraîner l'armée régulière, capturé par les shebab en 2009.

Au sud-est de cette localité, Barawe, le dernier grand port encore aux mains des insurgés liés à Al-Qaïda, est le "prochain objectif", avait déclaré samedi le gouvernement, affirmant que shebab étaient "en fuite, face à l'avancée des forces somaliennes et de l'Amisom".

Ce port, d'où les islamistes exportent du charbon de bois vers les pays du Golfe, est crucial pour les finances de ce groupe armé chassé militairement de Mogadiscio puis de la plupart de ses bastions depuis août 2011.Selon des estimations des Nations unies, le trafic de charbon de bois depuis Barawe lui rapporte tous les ans au moins 25 millions de dollars (19 millions d'euros).

Des sources sécuritaires avaient indiqué récemment que l'offensive contre Barawe était prévue pour début septembre.

Selon des responsables militaires et politiques, l'opération Océan Indien, lancée vendredi soir, vise à s'emparer de positions que les shebab détiennent encore dans le Sud.