Soudan: le Sud suspend le dialogue avec Khartoum, 30 morts dans des combats

12 mars 2011 à 21h18 par La rédaction

KHARTOUM (AFP)

Les dirigeants sudistes ont annoncé samedi avoir suspendu le dialogue avec le pouvoir nordiste du président Omar el-Béchir, l'accusant de comploter pour faire tomber leur gouvernement avant l'indépendance prévue en juillet.

Cette annonce intervient alors qu'au moins 30 personnes ont été tuées à Malakal, capitale de l'Etat du Haut Nil dans le Sud-Soudan, dans des combats entre armée sudiste et rebelles, ce qui porte à plus d'une centaine le nombre de morts dans les affrontements dans cette région depuis début mars.

"Nous avons des détails sur une conspiration, supervisée par le président Omar el-Béchir, visant à renverser le régime du Sud-Soudan", a déclaré lors d'une conférence de presse à Khartoum Pagan Amum, secrétaire général du Mouvement populaire de libération du Soudan (SPLM), ex-rebelles sudistes.

"Le projet, qui cherche à créer une grave instabilité dans le Sud, doit être mis en place par les services secrets de l'armée et des conseillers du président affectés à la sécurité", a-t-il dit, soulignant que son mouvement avait demandé à l'ONU d'enquêter sur "les crimes contre l'humanité" à Jonglei et Malakal au Sud-Soudan.

"Pour toutes ces raisons, le SPLM suspend le dialogue avec le Parti du Congrès national (de M. Béchir) jusqu'à ce qu'il cesse ces activités, ou jusqu'à ce que le Conseil de sécurité enquête" sur cette question, a poursuivi M. Amum.

Mais un porte-parole du Parti du Congrès national a rejeté ces accusations."Nous serons les premiers à reconnaître le gouvernement indépendant du Sud.Je ne sais pas à partir de quoi il lance ces accusations", a dit Rabih Abdel Ati.

"Le Nord dirigeait tout le Sud avant, mais nous avons accepté les résultats du référendum.Nous n'avons aucun lien avec les milices rebelles du Sud.Nous pensons qu'un Sud stable est dans l'intérêt du Nord.Nous cherchons la stabilité du Sud", a-t-il assuré.

A l'issue du référendum de janvier sur l'avenir du Sud-Soudan, qui avait vu une écrasante majorité pour la sécession, des commissions mixtes ont été créées pour résoudre les nombreuses questions en suspens entre le Sud et le Nord avant l'indépendance prévue pour juillet.

Sur le terrain, des rebelles ont lancé avant l'aube une attaque sur Malakal qui a fait au moins 30 morts dans leurs rangs, selon le porte-parole de l'Armée populaire de libération du Soudan (SPLA), la branche militaire du SPLM aujourd'hui à la tête de l'armée sudiste, Philip Aguer.

Selon des témoins, les combats se poursuivaient en début de soirée.

Les 6 et 7 mars, des combats entre des rebelles et la SPLA avaient déjà fait 72 morts dans le Haut Nil et 21 morts dans l'Etat du Jonglei.

Durant la guerre civile dévastatrice qui a opposé le Nord et le Sud (1983-2005), Khartoum a armé des milices sudistes hostiles au SPLM, et ce dernier a accusé le Nord de continuer à le faire après l'accord de paix signé en 2005.

M. Amum a ajouté que la SPLA envisageait de couper l'approvisionnement en pétrole au Nord, en réponse au complot présumé.Environ 80% de la production de brut soudanais (475.000 barils par jour) est extraite du Sud et exportée via le Nord, mais les Sudistes envisagent de chercher d'autres routes.

Les négociations sur une formule de partage des revenus est l'un des dossiers que le Nord et le Sud doivent régler avant juillet.Les autres dossiers sensibles concernent le statut d'Abiyei, la citoyenneté et la dette.