Tunisie: affrontements meurtriers dans la capitale, 66 tués depuis un mois

Par La rédaction

TUNIS (AFP)

Des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de sécurité ont eu lieu jeudi à Tunis et sa banlieue dans le cadre d'un mouvement sans précédent de contestation du régime qui a fait 66 morts en un mois selon une ONG des droits de l'Homme. 

Le président Zine El Abidine Ben Ali, au pouvoir depuis 23 ans, doit de nouveau s'adresser jeudi soir aux Tunisiens mais la communauté internationale se préoccupe de plus en plus de l'aggravation de la situation, la France s'inquiétant de "l'utilisation disproportionnée de la violence".

La station balnéaire tunisienne de Hammamet, prisée par les touristes européens, était livrée aux pilleurs jeudi en fin d'après-midi, selon des journalistes de l'AFP arrivés dans cette cité située à 60 km au sud de Tunis.

Dans le centre de Tunis, un manifestant a été tué jeudi après-midi par les tirs de la police dans le quartier Lafayette, à proximité de l'artère centrale de l'avenue Bourguiba, ont rapporté des témoins à l'AFP.Une autre manifestant a été grièvement blessé par balle, a affirmé l'un des témoins.

Les forces de l'ordre ont tenté de disperser les manifestants à coup de bombes lacrymogènes avant de tirer, selon ces témoins.

La police et les unités anti-émeutes étaient fortement présentes dans le centre de la capitale où la tension était montée à la suite d'une tentative de marche à la mi-journée.

 La présidente de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), Souhayr Belhassen, a affirmé à Paris détenir une liste nominative de 66 personnes tuées depuis le début des troubles mi-décembre, dont 8 dans la nuit de mercredi à jeudi dans la banlieue de Tunis.

"C'est un massacre qui continue.La priorité des priorités aujourd'hui et d'arrêter ce massacre", a-t-elle ajouté.

Aucun bilan officiel n'a été publié sur ces dernières violences dans les banlieues d'Ettadhamen et d'Intilaka, où vivent quelque 30.000 habitants à environ 15 km du centre de Tunis.Elles se sont déroulées malgré le couvre-feu nocturne imposé dans la capitale et ses environs depuis mercredi soir.

Le couvre-feu, décrété pour une durée illimitée, est la première mesure du genre prise à Tunis depuis l'arrivée au pouvoir du président Zine El Abidine Ben Ali en 1987.

"Toute la nuit, on a entendu des tirs, des cris et des bruits de casse", a déclaré à l'AFP une infirmière.Elle a expliqué que les incidents en banlieue avaient démarré mercredi après-midi pendant un rassemblement "qui a ensuite dégénéré en affrontements violents entre forces de sécurité et des jeunes".

Des habitants se sont déclarés "ahuris" par l'ampleur des dégâts: des commerces ont été saccagés, des locaux municipaux endommagés, des abris de bus détruits et un bus incendié.

 A Sfax (sud-est), un lycéen de 19 ans, Omar Haddad, a été tué mercredi "par des tirs de la police" lors d'affrontements dans cette métropole économique, a indiqué jeudi un témoin à l'AFP, ajoutant que les violences s'étaient poursuivies durant la nuit dans cette ville.

Une Suisse d'origine tunisienne, employée d'hôpital, a également été tuée mercredi soir dans le nord de la Tunisie, a annoncé jeudi le ministère helvétique des Affaires étrangères.

Sur le campus universitaire de Tunis, des enseignants se sont rassemblés jeudi pour protester contre l'"assassinat" la veille d'un professeur d'informatique à l'Université de Compiègne (nord de la France), Hatem Bettahar, un Franco-tunisien, tué par des tirs de la police à Douz (sud), selon un témoin.

 Dans la capitale, des blindés et des unités d'intervention de la police ont remplacé jeudi ceux de l'armée.

Sur le plan international, le gouvernement français a haussé le ton jeudi face au régime tunisien, sous la pression des bilans humains qui ne cessent de s'alourdir et des critiques de l'opposition.

Le Premier ministre François Fillon a lancé dénoncé pour la première fois la répression par les forces de sécurité du président Ben Ali.

"On ne peut continuer dans cette utilisation disproportionnée de la violence", a-t-il dit, rejoignant les positions exprimées par l'Union européenne et l'administration Obama.

La Suisse, les Pays-Bas et le Portugal ont pour leur part déconseillé jeudi les voyages non essentiels en Tunisie.