Nouvelle démonstration de force des pro-armée à Khartoum

AFRICA RADIO

5 février 2022 à 13h21 par AFP

Des milliers de partisans de l'armée manifestent samedi devant la mission de l'ONU à Khartoum, ont constaté des journalistes de l'AFP, nouvel épisode du bras de fer qui se tend au Soudan enferré dans la violence depuis le putsch d'octobre.

Le pays, l'un des plus pauvres au monde, désormais privé d'aide internationale en rétorsion au putsch, est de plus en plus divisé: comme juste avant le coup d'Etat du général Abdel Fattah al-Burhane le 25 octobre, des cortèges concurrents défilent à Khartoum. Samedi, les partisans du pouvoir militaire, certains juchés sur des chameaux, conspuaient "les ingérences de l'étranger" et hurlaient leur "soutien" à l'armée dans un pays où l'ONU a récemment débuté des rencontres en vue d'un éventuel dialogue pour remettre la transition vers la démocratie sur les rails et avec elle les paiements des bailleurs internationaux. Dans la matinée, plusieurs centaines de pro-armée avaient pris le train depuis Atbara, à 250 kilomètres au nord de la capitale, pour rejoindre ce cortège. Des dizaines de partisans d'un pouvoir civil avaient tenté en vain de les empêcher d'embarquer aux cris de "les militaires à la caserne" et "le pouvoir au peuple", a rapporté à l'AFP un habitant d'Atbara, Abou Obeida Ahmed. Il y a une dizaine de jours déjà, des milliers de manifestants pro-armée avaient conspué l'ONU et son appel au dialogue devant son QG à Khartoum. L'émissaire des Nations unies au Soudan, Volker Perthes, avait dénoncé une initiative des "amis du NCP", le Parti du Congrès national du dictateur Omar el-Béchir, renversé en 2019 par l'armée sous la pression de la rue. Dans le même temps, chaque semaine, des milliers de partisans d'un pouvoir civil réclament --sous les balles et les grenades lacrymogènes qui ont tué 79 d'entre eux-- le départ des généraux. Samedi, de nouveau, des centaines de femmes dénonçaient ces violences à Omdourman, banlieue nord-ouest de Khartoum, a indiqué à l'AFP l'une des manifestantes. S'ils veulent l'exact opposé l'un de l'autre, les deux camps qui manifestent s'accordent sur un point: le rejet du dialogue. Les pro-armée veulent entériner le statu quo post-putsch alors que les pro-démocratie refusent désormais tout partenariat avec les généraux.