Rwanda: la fille de Rusesabagina dénonce un verdict "décidé" par le président Kagame

20 septembre 2021 à 14h36 par AFP

AFRICA RADIO

Le verdict de condamnation qui frappe l'opposant rwandais Paul Rusesabagina, reconnu coupable de "terrorisme" lundi à Kigali, a été "décidé" par le président Paul Kagame, a dénoncé une des filles de l'accusé, Carine Kanimba, interrogée par l'AFP en Belgique.

"Je ne suis pas surprise du tout, on s'attendait exactement à ça. Kagame a kidnappé mon père, puis est allé à la télévision dire qu'il avait du sang sur les mains. Les juges ont décidé ce que le dictateur voulait qu'ils décident", a affirmé Carine Kanimba peu après l'annonce de la condamnation. "C'est un procès de juges aux ordres", a renchéri à ses côtés Me Vincent Lurquin, avocat belge de M. Rusesabagina en réitérant son appel à un transfèrement de son client en Belgique, pays dont il a aussi la nationalité. Depuis le début de la procédure, la famille et les soutiens de l'ancien hôtelier dont l'histoire a inspiré le film "Hotel Rwanda" dénoncent "un procès politique" mené à l'issue d'une arrestation "illégale", fin août 2020 à Kigali. M. Rusesabagina, qui vivait depuis 1996 en exil aux Etats-Unis et en Belgique, a été arrêté dans des circonstances troubles par la police rwandaise à sa descente d'un avion qu'il pensait à destination du Burundi. Incarcéré depuis plus d'un an, l'ancien directeur de l'Hôtel des Mille Collines à Kigali était jugé pour son soutien au Front de libération nationale (FLN), groupe rebelle accusé d'avoir mené des attaques meurtrières au Rwanda en 2018 et 2019. "Le tribunal conclut que le rôle de Rusesabagina dans la création du FLN, la fourniture de fonds aux rebelles et l'achat de moyens de communication pour les rebelles constituent tous le crime de commission de terrorisme", a déclaré Béatrice Mukamurenzi, une des trois juges du tribunal de Kigali. "On a l'impression que c'est un jugement qui aurait pu être écrit la veille du début du procès", a commenté Me Lurquin. Il a jugé "probable" que M. Rusesabagina fasse appel de sa condamnation, à condition d'obtenir des garanties sur la possibilité de se défendre. "Il faut reprendre le principe du débat judiciaire", a ajouté l'avocat, qui avait été expulsé le 21 août du Rwanda après avoir été empêché de rendre visite à son client en prison. Après l'annonce de la condamnation de M. Rusesabagina, la peine devait encore être précisée par le tribunal de Kigali, durant une audience de plusieurs heures lundi.