Soudan: l'ONU "consternée" par les violences au Darfour, demande une enquête (Bachelet)

AFRICA RADIO

27 avril 2022 à 16h21 par AFP

La Haute-Commissaire de l'ONU aux droits de l'homme a fait part mercredi de sa consternation après les récentes violences tribales au Darfour, région de l'ouest du Soudan ravagée depuis des décennies par la guerre, et réclamé une enquête.

Michelle Bachelet a appelé les autorités soudanaises à protéger la population du Darfour-Ouest et à prendre des mesures urgentes pour empêcher de nouvelles flambées de violence qui ont fait au moins 213 personnes en quatre jours selon les autorités locales. "Je suis consternée", a-t-elle déclaré dans un communiqué. "Je suis préoccupée par le fait que cette région continue d'être témoin d'incidents répétés et graves de violences intercommunautaires", a-t-elle ajouté. Tout en jugeant que les premières mesures prises par les autorités pour apaiser les tensions sont "bienvenues", Mme Bachelet a exhorté "les autorités à s'attaquer aux causes sous-jacentes de la violence dans cette région et à s'acquitter de leur responsabilité de protéger la population". Ces commentaires interviennent alors que doit se dérouler une réunion informelle à huis clos du Conseil de sécurité de l'ONU sur le sujet. Selon la Coordination générale pour réfugiés et déplacés du Darfour, les violences ont éclaté lorsque des combattants armés issus de tribus arabes ont attaqué des villages Massalit, une minorité ethnique africaine, en représailles à la mort jeudi de deux membres de leurs tribus. Selon le Haut-Commissariat, plus de 1.000 membres armés de la communauté arabe Rzeigat ont attaqué la ville de Kerenik après le meurtre de deux hommes de Rzeigat par des inconnus. Des témoins ont accusé la milice janjawid, force supplétive du gouvernement soudanais, d'avoir orchestré les violences. Ces miliciens utilisés par le dictateur Omar el-Béchir dans sa longue guerre lancée en 2003 au Darfour ont ces dernières années rejoint par milliers les Forces de soutien rapide (FSR), dirigées par le général Mohammed Hamdane Daglo, numéro deux du pouvoir militaire en place depuis le putsch d'octobre à Khartoum. "J'appelle les autorités soudanaises à mener des enquêtes rapides, complètes, impartiales et indépendantes sur ces attaques et à demander des comptes à tous les responsables", a déclaré Michelle Bachelet. "Les victimes et leurs familles ont droit à des recours efficaces", a-t-elle relevé. Elle les a également exhorté "à accélérer la mise en oeuvre, longtemps retardée, des mesures de sécurité énoncées dans l'Accord de paix de Juba, qui stipulait la création d'une force conjointe de maintien de la sécurité pour protéger les civils au Darfour, et à mettre en oeuvre le Plan d'action national pour la protection des civils". Plus généralement, Mme Bachelet estime que la situation des droits de l'homme au Soudan a continué de se détériorer depuis le coup d'État militaire du 25 octobre 2021. Elle exhorte les autorités soudanaises à prendre "des mesures crédibles pour créer un environnement propice à un règlement politique inclusif qui remettrait la transition démocratique sur les rails".