Yoweri Museveni, 81 ans, a été réélu pour un septième mandat consécutif. Mais n’est-ce pas aussi le début de la fin ?
Alors oui, c’est son septième mandat, en effet, mais parce qu’on ne compte les mandats que depuis 1996, qui est la première élection présidentielle qui a eu lieu après sa prise de pouvoir.
Mais en réalité, Yoweri Museveni est devenu président dix ans avant son premier mandat, le 26 janvier 1986. Donc ça fera exactement 40 ans la semaine prochaine. Vous l’avez dit, il a 81 ans.
Tous les observateurs, y compris les citoyens ougandais, ont pu remarquer que les années commençaient à faire leur travail, si je puis dire. Pendant la campagne électorale, il y a eu de nombreux commentaires, justement, sur le fait qu’il n’avait plus la vigueur de ses débuts, quand il était jeune guérillero, venant du maquis au
moment de sa prise de pouvoir, et qu’en effet, à plusieurs reprises, il y a eu des événements qui avaient pu être écourtés, annulés.
Certaines fois, il avait même été remplacé par des comédiens qui prenaient sa place, et qu’en effet, on est sur une personne qui commence à être un peu âgée. Et puis, sur un régime, aussi, qui a beaucoup évolué depuis 40 ans et qui lui-même montre des signes, je ne sais pas si on peut parler d’essoufflement, mais en réalité, d’autoritarisme croissant.
Quand un dirigeant a un âge avancé, c’est la question que tout le monde se pose : est-ce qu’il est réellement au pouvoir ? Est-ce qu’il dirige encore réellement ? La question se pose donc là pour Yoweri Museveni.
C’est difficile à dire, puisque, a fortiori, dans un régime autoritaire, il y a beaucoup de choses qui sont dites sur la manière dont fonctionne le pouvoir exécutif, mais c’est difficile d’avoir des informations qui sont très fiables.
Ce que l’on remarque depuis plusieurs années, une dizaine d’années, c’est qu’il y a des personnes dans l’entourage du président dont l’influence est de plus en plus importante et qui sont autour de lui et sur lesquelles il s’appuie pour prendre ses décisions, qui sont largement des personnes de sa famille.
Son épouse, Janet Museveni, la Première dame, qui est très influente ; son fils Muhoozi, le général Muhoozi, qui est le dirigeant des forces armées et qui a un rôle politique important ; mais aussi son demi-frère, Salim Saleh, qui est avec lui depuis ses jeunes années de combattant dans les années 1970.
Et même son beau-fils, le fils de sa fille Patience, Odrek Rwabwogo, qui est aussi extrêmement influent, à la fois en politique et dans le milieu des affaires. Il y a cet entourage et se pose la question de la transition à terme et de la répartition des pouvoirs entre ces personnages.
Vous le dites, depuis un moment, on parle de son fils Muhoozi Kainerugaba pour lui succéder, mais il y a aussi le beau-fils de Yoweri Museveni, Odrek Rwabwogo, qui aurait des vues sur la présidence. Alors, est-ce qu’on est en mesure de dire, avec les années qui avancent, qu’on s’oriente vers une transition dynastique ou plutôt une lutte des clans ?
C’est le fils lui-même, Muhoozi, qui affiche ses ambitions présidentielles. On ne sait pas très bien quelles sont les vues de son père par rapport à cela. Il y a beaucoup de conjectures, il y a beaucoup de rumeurs à ce sujet à Kampala.
Le fils ne cache pas ses ambitions. Lui, il dit qu’il sera le futur président de l’Ouganda après le départ de son père. Donc après, seul l’avenir nous le dira. Mais c’est sûr qu’il a une influence extrêmement importante en tant que dirigeant des forces armées, d’autant plus que l’armée est fragmentée et qu’il a été longtemps, avant d’être à la tête de toutes les forces armées, à la tête des gardes présidentielles qui, évidemment, ont une influence très importante au sein du système sécuritaire et qu’il a été largement l’architecte de cette force armée au sein de la force armée générale, si je puis dire.
Donc, c’est quelqu’un qui sera absolument incontournable dans les années à venir, c’est sûr.
Le président Yoweri Museveni a pris pour la première fois la parole dimanche et, à un moment dans son discours, il a accusé l’opposition de terrorisme. Bobi Wine, son principal opposant, dit avoir échappé à un raid de la police et avoir quitté sa résidence. Et son autre opposant, Kizza Besigye, est en prison. Jusqu’où le gouvernement de Yoweri Museveni pourrait-il aller dans la censure, la répression des oppositions ?
Vous voyez, là, on est dans quelque chose qui n’est pas nouveau. Kizza Besigye est en prison depuis plus d’un an maintenant. Il a été arrêté au mois de novembre 2024. En effet, ça fait 15 mois aujourd’hui. Ce n’est pas la première fois qu’il passait une campagne électorale en prison. Y compris en 2006, il s’était présenté à l’élection présidentielle, il a fait une partie de sa propre campagne électorale depuis la prison.
ce n’est pas la première fois qu’il est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État, de terrorisme, de complicité avec des groupes armés, etc. C’est quelque chose qu’on voit dans le pays depuis plus de 20 ans, cette tendance à criminaliser et à délégitimer les forces d’opposition politiques.
Au-delà de Kizza Besigye et de Bobi Wine, qui sont les têtes d’affiche de l’opposition, il y a un appareil répressif qui s’est déployé sur l’opposition de manière beaucoup plus diffuse dans la société et qui touche non seulement les célébrités et les dirigeants, mais aussi les militants plus ordinaires qui bénéficient de moins d’exposition médiatique et de moins de moyens et qui souvent, du coup, disparaissent un peu dans la machine judiciaire.
Est-ce qu’il ne faut pas craindre une répression plus sévère aussi, justement, lors des manifestations, notamment envers les jeunes, ces jeunes qui avaient protesté en juillet dernier pour dénoncer la corruption dans le pays ?
Oui, c’est très dangereux de manifester en Ouganda depuis des années et a fortiori au sortir d’un exercice électoral qui est contesté, parce que là, Bobi Wine et sa National Unity Platform ont contesté les résultats.
Il y a eu quelques manifestations un peu sporadiques de la part de personnes qui contestent les résultats. Et si on en croit ce qui se passe en Ouganda depuis une vingtaine d’années, ces manifestations vont être réprimées. donc, ça se traduit par des arrestations, mais aussi bien souvent par des tirs à balles réelles, des tirs de grenades lacrymogènes, etc. Donc, c’est extrêmement dangereux.
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